• Ploc, ploc, ploc.

    1, 2, 3…

    La pluie gouttait le long de mon parapluie et tombait devant moi, un jeune homme d’une vingtaine d’année qui détestait le mauvais temps et qui n’arrive pas à dresser ses cheveux bruns (sans parler du fait qu’avec l’humidité…C’était mission impossible). Je comptais ces gouttes.  Un cycle que je ne pouvais arrêter, juste observer, subir. Une de ces gouttes glissa méchamment dans mon col, ce qui me fit réprimer un grognement mécontent et un frisson, rentrant ainsi ma tête dans mes épaules, comme si ça allait arranger quelque chose. Un temps pluvieux, un vent glacial digne d’une fin de novembre, bref, cette journée m’agaçait déjà.

    Sur la rue principale de cette ville, je partais en direction du centre commercial à la rencontre de mes amis qui m’attendaient là bas. Et tout en me dirigeant vers le point de rendez-vous, je comptais les gouttes. Ce jour là, il y avait du monde, les gens se bousculaient,  souvent sans s’excuser. Certains étaient pressés, d’autres faisaient tout simplement du lèche vitrine, et moi, j’analysais tantôt leurs comportements, évitant entre deux réflexions un passant quelque peu brutal qui force le passage. La ville était en constante animation, lorsque les gens n’étaient plus cette animation, la pluie prenait le relai, et ainsi je comptais les gouttes en ignorant ces personnes qui n’avaient plus aucun intérêt pour moi. C’est ainsi que j’avais commencé à fixer cette pluie qui perlaient le long du squelette métallique de mon parapluie.

    Ploc, ploc, ploc. loc3g 

    35, 36, 37… ?

    Une agitation à quelques mètres éveilla ma curiosité. Je relevais la tête de mon écharpe et laissais mon regard trouver d’où venait ce bruit. Les principaux responsables de ce brouhaha avaient créés une sorte de bulle protectrice dans la foule. Enfin, disons plutôt que les gens les évitaient et leur avaient réservé un espace d’un mètre de peur de recevoir un coup qui risquait de ne pas tarder à fuser. Du coin de l’œil, j’essayais de comprendre ce qu’il se passait.  Une mère et sa petite fille de 10 ans se disputaient pour je ne sais quelle raison. L’adulte, un regard fatigué, quelques rides, les lèvres pincées et une silhouette mince et quelque peu courbée et sa fille, les yeux qui lançaient des éclairs, un zozotement qui pourrait être adorable s’il n’était pas employé pour cracher des réprimandes, haute comme trois pommes, des cheveux blonds comme l’orge, les deux ne s’étaient apparemment pas tout dit et la petite n’hésitait pas à rattraper ce retard dans la rue. Cette gamine, rouge comme une écrevisse, ne mâchait pas ses mots et alors que je voyais très bien en regardant la lèvre pincée de la femme face à elle qu’elle avait honte, l’enfant reçu sans pitié une soufflée.  Elle se tint la joue, fixa la coupable avec un regard interloqué et s’enfuit à travers la foule. La mère ne réalisa que trop tard sa conduite un peu trop excessive et la disparition de sa fille. Elle avait beau l’appeler, paniquer, sangloter, elle ne revenait pas, comme engloutie dans les profondeurs de cette mer d’humains. Elle arrêtait certaines personnes en leur demandant si elles n’avaient pas vu la petite, s’impatientait, stressait, mais c’était avant de me voir regarder dans sa direction. Elle savait que j’avais vu à l’instant même où nos regards c’étaient croisés. Instinctivement, je baissais les yeux et repris mon chemin d’un pas rigoureux.  Je n’étais qu’un spectateur parmi tant d’autres, je ne connaissais pas l’histoire et n’allais certainement pas rentrer dans cette affaire pour me sentir coupable ensuite. En quelques enjambées, je l’avais déjà semé. Devant moi, désormais, le centre commercial.

    Quel  bonheur, me direz vous, que de devoir aller chercher à l’étage supérieur  du centre commercial les cafés de mes amis suite au tirage malencontreux de la paille la plus courte. Je n’avais jamais vraiment eu de chance aux jeux de hasard, alors lorsqu’on tirait au sort pour savoir qui paierait la tournée de tout le monde, forcément, ça devait tomber sur moi. Je soupirais. Avec ce temps, comment ma bonne étoile pouvait-elle ne serait-ce que montrer le bout de son nez ? Impossible. Tout en marmonnant comme un petit vieux, je me laissais guider par l’escalator, jetant un regard noir à une stupide amie qui se moquait encore de moi en bas. Arrivé en haut, je me dirigeais vers l’enseigne du café tout en sortant mon porte monnaie. Au loin, j’eu le sentiment de reconnaitre une voix. Je regardai du coin de l’œil, curieux de savoir si c’était une connaissance autre que les bruyants guignolots à l’étage du dessous. Ce n’était pas un ami, c’était la femme de ce matin. Toujours en panique, elle implorait  une femme d’avoir vu son enfant. Alors elle ne l’avait pas encore retrouvé ? J’eu un serrement au cœur. Pauvre petite, j’espère qu’elle va bien… Je secouais la tête. Ce n’était pas de ma faute, pourquoi devrais-je me sentir coupable dans ce cas ? Arrivé dans le café, je pris les commandes et commençais à rebrousser chemin lorsqu’on me heurta. Je perdis un quart de seconde l’équilibre, assez pour me renverser un capuccino sur mon manteau marron pale. Je râlais contre la tâche lorsqu’une poigne tremblante mais forte serra mon bras.

    « -Je vous ai vu ce matin dans la rue principale, vous nous avez observé ma fille et moi, n’est ce pas ? Avez-vous revu ma fille ? Vous avez certainement dû la croiser ! »

    Je fixais avec intervalle régulier le visage de la femme, rongé par le remord et la peur, ma tâche et les gens qui commençaient à nous regarder. Je mordillais ma lèvre inferieure. Et voilà, je m’étais encore mêlé de quelque chose qui ne me regardait pas et j’en payais les frais…

    « - écoutez, je ne l’ai pas revu… (J’étais effrayé de sa réaction quelque peu insistante.)

    - Certainement que si, vous êtes en ville depuis un moment! Vous l’avez vu, hein ?! Où est-elle, ma petite fille, ma chérie ! »

    Des murmures commençaient à se faire entendre à travers le magasin et j’entendais mes amis arriver devant le café, inquiets de ne pas me voir revenir.

    « - Puisque je vous dis que je ne l’ai pas revu…S’il vous plaît, j’ai des choses à faire …

    - Rendez-moi ma chérie ! Rendez-moi ma fille ! »

    Elle éclata en sanglot. Ses ongles me griffaient à travers mon manteau, elle ne lâchait pas mon bras. Les employés du lieu se précipitèrent vers la femme et la décrochèrent de mon bras. Tout en douceur, ils lui parlèrent, lui demandant ce qu’elle avait, puis un homme s’approcha de moi et s’excusa de l’attitude qu’avait eue cette femme face à un client (moi). Ainsi, ils m’offrirent une boisson gratuite pour ma prochaine venue et me laissèrent partir avec ma tâche et mon visage déconfit. A l’entrée, un ami me débarrassa de mes achats avant de les distribuer, puis une copine s’agrippa à mon bras. Tout en posant ces lèvres sur la tasse, elle me regarda du coin de l’œil et répliqua :

    « -Qu’est ce qu’elle voulait cette femme ? Elle est complètement chtarbée ! »

    Encore perturbé de ce qu’il venait de m’arriver, je répondis vaguement :

    « - Chtarbée… Ouais… »

     

     

    Et vous, réfléchissez, ne pensez-vous pas qu’il faudrait arrêter de jouer les aveugles ?


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  • [SOS - Indila]

    -« C’est ton copain ? »

    Je me retournais pour faire face à mon interlocuteur, un sourire triste au visage. Je ne voyais pas sa tête, mais pourtant cette personne m’était familière ainsi que cette voix. L'endroit où j'étais était comme brumeux, je ne discernais pas toutes les formes avoisinantes, même mon esprit paraissait comme engourdit et mon cerveau vaporeux. J’étais assise il y a quelque seconde devant une télévision et dont la surface de l’écran formait comme une bulle de savon à regarder ce garçon que je connaissais obtenir une récompense à la plus grande remise des prix artistiques à Berlin : le plus jeune talent et le plus prometteur. Il était plus vieux, il avait enfin fini le lycée, il avait eu l’opportunité de réussir depuis un an, mais pas moi. J’étais encore bloquée dans ce lycée, je traînais le pas dans mes études alors que j’avais un don moi aussi, je n’étais pas parvenue  à obtenir le garçon qui me faisait tourner la tête et voilà qu’il passait à la télévision avec la Renarde en guise de petite-amie. Cette fille ne m’avait jamais inspiré confiance, depuis ma rencontre avec elle, je savais qu’elle me mettrait des bâtons dans les roues, ses yeux félins,  sa chevelure rousse et sa silhouette svelte me le disaient. Et maintenant, les voir s’enlacer dans cette émission ne faisait que me rappeler ma défaite face à cette fille et la tristesse que j’avais enduré. Je savais pourtant que si je voulais, je n’avais qu’à passer à travers cette télévision grâce à la nouvelle application pour les rejoindre et mettre le chaos comme je savais si bien le faire, mais j’étais las, las de toujours courir après ce que je ne pouvais obtenir qu’en attendant. Alors je m’étais résignée à attendre, comme la vie me l’obligeait, je restais enchaînée à cette chose nommée le temps. Je restais à cette fête qui avait réuni toute la famille chez moi, un verre de champagne à la main, en tenue légère mais festive, devant ma télévision, l'esprit embrumé.

    Je répondais inconsciemment à la personne qui m’interpellait tantôt, cette personne et cette voix qui entraînaient une sorte de mélancolie en moi.

    -« Non, Mamie, juste une personne que je connais, juste… »

    Je me réinstallais face à l’écran, un pincement au cœur. C’était à lui de monter sur le podium. Un air grave au visage, il hésitait à monter les marches, comme s’il oubliait quelque chose. Il grimpait lentement, frustrant le public lorsque sa copine lui rappela sa présence en s’agrippant à son bras pour monter avec lui sous le feu des projecteurs.

    -« Ahah, évidemment, mon garçon, tu as oublié ta dulcinée, me moquais-je en ramenant mon verre à ma bouche et en avalant d’une traite le champagne, blessée. »

     Il la regarda un instant et la repoussa en secouant la tête. A cet instant, la voix du présentateur s’emballa :

    -« Mesdames et Messieurs, nous venons d’assister à la fin d’un couple ! »

    Interdite, je fixais avec plus d’attention l’écran après avoir monté le son, attirant l’attention contre mon gré des personnes autour qui se joignit à moi. Nous n’avions qu’une retransmission de vagues chahuts et une caméra qui venait d’être lâchée, voletait maladroitement autour d’eux et renvoyait les images de la dispute.  La Renarde ne comprenait pas, elle s’impatientait, elle perdait le contrôle.  Seul le mot « fini » fut clair et distinct dans les hauts parleurs de ma télévision, le seul qui déclencha un misérable plaisir en moi.

    La jeune fille voyait désormais qu’elle n’était plus qu’une intruse, les larmes aux yeux, elle s’enfuit de la salle, laissant derrière elle un silence pesant. Pour compenser cette aphasie soudaine, le présentateur réanima la soirée :

    -« Eh bien, nous voilà bien, le premier festival de Berlin que vous faites, vous réussissez à le rendre divertissant ! J’ai hâte de voir ce que vous nous proposerez l’année prochaine ! »

    Il sourit, gêné avant de se rapprocher de l’animateur pour se saisir son micro après son consentement. La caméra effectua un zoom sur son visage, son visage qu’il tourna droit vers l’objectif et fixait avec un air sérieux. 

    -« Alice, tu m’entends ? »

    Je me pétrifiai en entendant mon prénom. Inconsciemment, je me retournais pour voir s’il ne parlait pas à quelqu’un d’autre, mais l’expression ébahis des personnes derrière moi disaient tout le contraire. Malheureusement, ils n’étaient pas ébahis par cette nomination, mais plutôt par l’ombre de la Renarde, plantée derrière moi, noire et oscillante, la silhouette d’un couteau à la main. Elle ne bougea pas cependant et avant même d’avoir eu le temps de réagir, une douleur foudroyante m’assaillait, comme si j’avais manqué un morceau de la scène et avais directement avancé vers celle qui m’intéressait. Je lâchais mon verre, se brisant dans un fracas retentissant et posais un genou à terre, souffrante. Je crachais le peu de champagne que j’avais avalé, celui-ci mélangé à un liquide rougeâtre et visqueux : du sang, Mon sang. Je regardais mon ventre, l’objet de ma douleur, et vis une plaie semblable à un couteau, ruisselante, l’arme du crime ombreuse toujours à l’intérieur disparaître tel un nuage de fumée. L’image floue de ma meurtrière ne s’était pourtant pas déplacée, elle était toujours là, sans expression, assistant au spectacle que je lui offrais. La seule différence était que l’ombre de son couteau laissait couler des gouttes s’évaporant comme de la vapeur avant de toucher le sol. Mes mains étaient recouvertes de ce rouge brûlant, la brume dans mon esprit se dissipait et mon regard se tourna vers les ombres qui se rassemblaient autour de moi en oscillant après avoir contourné la silhouette toujours immobile de la Renarde. Je savais maintenant qui elles étaient : les défunts de ma famille. Ils étaient venus pour moi. Je me débattais alors qu’ils me faisaient disparaître lentement comme de la fumée. Je lançais des grands coups de bras dans ces ombres qui passaient au travers inutilement. Je me transformais en fumée, moi aussi je commençais à devenir un souvenir.

    Derrière l’écran, le jeune garçon avait tout vu. Il s’était tourné vers la et fixait intensément l’objectif d’un regard empli de terreur avant de tendre la main à travers l’écran en criant des mots inintelligibles. D’un geste faible, je la saisie et passais de l’autre côté. Alors que j’aurais dû apparaître dans une salle bondée de monde, que des hurlements d’effroi aurait dû se faire entendre des invités de la remise des prix en me voyant tomber dans les bras du gagnant, gravement blessée, j’atterris dans une salle blanche sentant le désinfectant et le médicament où un « bip » sonore résonnait. Tel un fantôme, j’avais vue depuis le plafond sur mon corps inerte relié à une machine lui permettant de vivre. Ce corps qui m’appartenait mais que je ne pouvais contrôler en ce moment même avait vieillit de quelques années, ses cheveux étaient plus longs. Aux côtés de mon corps, un homme blond, d’une vingtaine d’année, une barbe de deux jours, il lui parlait. Il n’attendait pas de réponse, mais cela lui suffisait à en voir son sourire. Il lui tenait la main et avait à la fois un air doux et triste.

    Des larmes coulèrent le long de mes joues. Je me souvenais. J’avais déjà ressenti cette douleur tantôt. Oui, ça m’étais déjà arrivée il y a quelques années déjà. Tout c’était déroulé de la même manière. La Renarde n’avait pas supporté que je puisse être une potentielle rivale de cœur, que je perturbais Alec, ce garçon dont nous étions amoureuses. Elle ne pouvait imaginer une situation dont elle ne pouvait avoir le contrôle. Alors elle avait choisit la méthode la plus radicale et la plus insensée : réduire toute nuisance à l’état de poussière. Et cette nuisance, c’était moi.  Finalement, elle m’avait poignardé de la même manière, bien que le contexte fût différent. Et aujourd’hui, j’étais à l’hôpital, dans le coma depuis déjà 2 ans. De gros sanglots me firent trembler et pleurer. Alec ne m’avait jamais quitté, il était à mon chevet, vieilli, certe, mais toujours là. Je ne l’avais jamais vraiment quitté non plus, j’étais juste prisonnière de mes songes depuis 2 ans, prisonnière du temps qui s’était arrêté pour moi.  Je volais vers Alec en souriant, les larmes aux yeux. D’un geste tendre, je lui caressais la tête et d’un léger murmure, je lui dis à l’oreille que j’étais prête à revenir. Je me sentis glisser dans les bras de Morphée et m’endormit.

    Quelques heures plus tard, une jeune fille se réveillait, affolant positivement les docteurs qui courraient vers la chambre, et ébahissant un jeune homme qui se jeta dans ses bras. Cette fille, d’un sourire fiévreux, lui tapota l’épaule. Elle ressentait de nouveau cette douce envie de vivre et cette emprise sur son destin qu’elle avait enfin.


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  • Bon dieu de merde, comment on avait réussi à se foutre dans une telle situation ? On a des cannibales au cul, le feu qui se répand dans la forêt, dévorant la végétation tout autour de nous, et cette grognasse de Mary-Sue dans les bras du prépubère qui s’excite toute seule !!

    La troupe de bras cassés fonçait à toute vitesse sur le sentier sans un regard en arrière. Tamalice à l’avant, aidée de sa vitesse elfique, suivie de Pitch, avec ses grandes jambes, Mayumi, s’efforçant de courir à toute allure, deux petites créatures de sables s’accrochant tant bien que mal à ses cheveux, tandis que Jack, à l’arrière, était ralenti par le poids de Mary-Sue, qui n’avait pas compris la gravité de la situation et caressait le torse du jeune homme de ses mains parfaites.

    La meneuse entendit un fracas épouvantable venant de devant eux, comme un monstre qui chargeait, avant de percuter de plein fouet quelque chose. Elle tomba violemment sur le dos alors que tous freinaient des quatre fers et que la chose en question échappa un miaulement apeuré.

    Tama se redressa à toute vitesse, pressée par l’urgence, dévisagea un instant la chose avant de la remettre sur pied. Elles tournèrent des talons ensemble alors qu’un animal colossal bardé de cornes émergeait des broussailles, poussa un brame féroce et piétina à fond de train en direction du groupe.

    Mayu et les Légendes n’eurent pas besoin d’un regard de connivence pour s’élancer à la suite des deux autres, la bête aux trousses. Les six revinrent sur leurs pas, bifurquèrent dans un chemin en voyant les aborigènes arriver en face, tentant d’échapper aux flammes, et continuèrent à sprinter entre les branchages et les fougères embrasés. Ceux de tête entendirent May hurler hystériquement : « Chaud ! Chaud ! » lorsque le feu gagna ses chaussures, alors qu’elle secouait le pied et déséquilibrait Jack pour tenter de l’éteindre. Malgré leur situation, Tamalice ricana intérieurement et ne prêta aucune attention au précipice qui s’ouvrait béant à ses pieds. Elle posa le pied dans le vide et tomba comme une pierre. Mayu s’arrêta nette, horrifiée, et hurla le nom de son amie, son cri recouvert par le bruit d’une cascade gigantesque qui chutait à grands fracas sur sa droite. Alors que Pitch et la chose se stoppaient au bord de la falaise, Jack arrivait derrière, et, entrainé dans son élan par le poids de la Mary-Sue, ne put freiner à temps et heurta les autres, les entraînant tout les cinq dans une descente mortelle à la suite de l’elfe….

    ***

    Quenotte avait enfin réussi à se débarrasser de la graine que l’autre bringue lui avait enfoncée sur le bec. Allégée d’un pois et pouvant de nouveau pépier à son aise, elle s’éleva dans les airs, au-dessus de la canopée, et fixa un instant la forêt sous ses pieds qui avait pris feu. L’incendie se propageait dans toutes les directions, et elle entendit les hurlements des aborigènes qui cherchaient à y échapper. Elle secoua sa petite tête ronde puis scruta la végétation, à la recherche de son « maître » et de la troupe d’abrutis qui l’accompagnait. Elle les repéra, détalant en direction d’immenses chutes d’eau, et se mit à voleter à tire-d’aile vers eux.

    ***

    Tamalice hurla, s’arrêta un instant pour reprendre son souffle, puis hurla de nouveau, ce qui la fit boire la tasse lorsqu’elle plongea tête la première dans l’eau. Le courant violent l’entraîna à plusieurs dizaines de mètres de la cascade, puis les rapides se calmèrent et elle pu enfin émerger en hoquetant. Les autres suivirent le même chemin et ils se trouvèrent enfin tous réunis, Quenotte virevoltant joyeusement au-dessus d’eux.

    -Seigneur ! Les flammes ont carbonisé le cuir de ma botte, elle est foutue ! Je refuse d’apparaître en public si ma chaussure est abîmée !

    -Aah, je suis tombé dans l’eau sur les fesses, ça claque…

    -Je suis en train de me faire tuer par mes cheveux !

    -C’est vraiment un bon à rien ce Frost ! Sans lui on ne serait pas tombés !

    -Miaou ?

    L’elfe pataugea vers son amie pour l’aider à se dépêtrer de sa tignasse qui menaçait de l’étouffer (ce qui permit à celle-ci de remarquer la petite fée des dents et de la fourrer dans sa poche avant que Jack ne la remarque) puis s’adressa à May d’un ton railleur :

    -Heureusement qu’il y avait toute cette eau, c’était au moins ce qu’il fallait pour éteindre le feu que t’avais au cul !

    -Dommage que tu te sois pas noyée avec, manche à couilles ! Ca nous aurait débarrassés de la catastrophe naturelle que tu es !

    -Oh, Dame Mary-Sue perd sa superbe et s’adonne à un langage vulgaire ? Je doute que…

    -Silence !

    Pitch Black se dressait de toute sa hauteur, bien qu’un peu moins classe que d’habitude avec ses cheveux tripés et collés à son visage. Il poursuivit de sa voix suave habituelle :

    -L’important pour le moment serait de réussir à nous extirper d’ici, et de trouver des êtres civilisés capables de nous donner aider. Puis, se tournant vers Mayu et son amie, il ajouta :

    -Etant donné que ces deux jeunes filles, lors de notre rencontre, nous ont dit qu’elles vivaient sur cette île, je n’ai aucun doute quant à notre avenir.

    Il leur souri d’un air confiant, bien qu’il eut compris dès le début de leurs mésaventures que tout était du pipeau. Maintenant qu’il les avait mises dans une situation inconfortable, il voulait bien savoir par quelle pirouette elles allaient s’en sortir, en particulier Tamalice, qui avait l’idée du mensonge. On allait voir si elle était vraiment si futée…

    -Vivre sur cette île ? Oh les mythos ! Ces pouffes elles vivent dans une résidence universitaire pourrie avec même pas l’eau chaude !

    Bon, ben, pas de pirouette en fait.

    Tous se tournèrent vers la petite princesse, même la chose féline qui ne devait rien piger, et l’elfe menaçait de vomir mille insanités répugnantes envers sa pire ennemie, qui venait de foutre en l’air leur couverture. Jack éructa :

    -Quoi ?! Vous nous avez menti ?! Vous ne savez pas comment nous sortir de cet endroit ?

    Il regarda dans toutes les directions, abasourdi, avant de beugler :

    -On vous faisait confiance !

    Pas moi, espèce de petit merdeux. Si t’avais un tant soit peu été moins naïf, t’aurais remarqué que ces filles n’avaient dit ça que pour trouver un prétexte afin de rester avec nous.

    Mayumi se tortilla, gênée, tandis que la peste ricanait, heureuse de son effet. Elle changea d’attitude subitement, et, passant ses doigts délicats dans sa chevelure noire, déjà sèche et parfaitement uniforme et bien coiffée malgré la descente dans un torrent, elle s’approcha tout en volupté du jeune homme, collant sa poitrine magnifique à son torse et minauda de sa voix sublime :

    -Mais ne t’en fait pas, Jack, moi je suis là et tu peux me faire conf…

    Il la vira d’un revers de la main et elle tomba à la flotte en poussant un petit cri outragé. Les deux amies gloussèrent conjointement puis la blonde s’approcha de lui, une expression de regrets sincères dans le regard.

    -Ecoute, Jack, je… Je suis désolée. Je sais que sans nous, vous n’en seriez pas arrivés là, et que tous ce qui vous est arrivé est de notre faute. L’expression du jeune homme s’adoucit à ses paroles. Une inspiration vint soudainement à la tête de citrouille et elle tira la fée de sa poche, la tendant vers lui.

    -Même si tu ne me pardonnes pas, j’ose espérer que tu puisses moins me haïr en sachant que j’ai sauvé ton colibri des flammes !

    L’expression de Jack se transcenda : d’une moue dubitative, il paru fou de joie tandis que Quenotte volait vers lui après avoir tiré la langue à sa ravisseuse. Celle-ci reprit sa respiration un instant, puis lorgna de côté l’elfe et s’écria :

    -Et puis c’est elle ! Moi je n’ai rien fait ! Elle me tape si je ne la soutiens pas !

    Elle feint de s’évanouir pour parfaire sa comédie, mais ils avaient de l’eau jusqu’aux cuisses et elle émergea bien vite en crachotant. Tamalice fit un grand sourire malsain au Croquemitaine et asséna :

    -Je ne regrette rien.

    ***

     Ils avaient détaillé l’endroit où ils se trouvaient. C’était une sorte de vasque naturelle, aux falaises de pierre escarpées et hautes de six bons mètres. L’eau s’écoulait en douceur en un point du réservoir opposé à son lieu d’arrivé, leur montrant la sortie. Ils avaient tentés de sortir en escaladant les parois, mais la roche humide et l’eau alourdissant leurs vêtements, ils avaient du renoncer.

    Mayumi, curieuse de nature et tentée de se faire une nouvelle amie, avait fait connaissance avec l’être félin, et avait découvert qu’elle s’appelait Mélo et qu’elle parlait. Elle était constamment agitée et avait décidé de faire chier un peu tout le monde, ou du moins Mary-Sue, qu’elle suivait à la trace, la bouche en cœur, avant de lui cracher de l’eau à la figure (« -Non mais ça va pas?? –Nya nya nya… »). Ses cheveux bruns tombaient en bataille autour de son visage rond ; elle était vêtue d’un corsaire bleu et d’une tunique plus sombre, serrée à la taille d’une ceinture en tissu et portait de nombreux foulards superposés les uns aux autres, tintant à chaque mouvement à cause des sequins qui y étaient cousus.

    La blonde se rapprocha de Tama.

    -Il faudrait que l’on parte d’ici, au moins histoire de s’occuper. Je me vois mal rester indéfiniment, et les autres vont s’impatienter. Et on va finir par se transformer en corail, regarde j’ai des crabes qui essaient de me prendre pour un rocher ! Termina-t’elle en secouant frénétiquement la jambe hors de l’eau pour en virer les crustacés qui y avaient élu domicile.

    -Je pense aussi, mais on n’a plus d’autre chemin que la rivière qui s’en va, à l’opposé de là où on est arrivés, et on ne sait pas où ça mène.

    Mélo, qui avait décidé de stalker May et la suivait, immergée jusqu’au museau, avant de lui cracher dessus à intervalles réguliers, se retourna vers elles tandis que sa victime filait se planquer derrière les deux hommes.

    -Il y a une ville en aval du ruisseau, vous pourrez certainement y trouver ce que vous cherchez. Vous cherchez quoi au fait ?

    Les deux amies se concertèrent du regard avant de questionner la fille-chat : où, à combien de kilomètres, quelle ville, de quelle taille, comment sont ses habitants, peut-on y dormir (« -bah oui, vous trouverez bien un carton pour dormir, vous n’avez pas d’argent hein. »).

    -C’est une ville très importante, la plus influente de la région, vu que la famille royale y vit. Plein d’étrangers y viennent, alors les gens sont habitués, vous n’aurez pas l’air trop bizarres. On y pratique la magie couramment et c’est un centre d’étude, donc de nombreux savants y vivent. Elle est à quelques kilomètres d’ici, on peut s’y rendre en descendant la rivière. Elle est cernée de toutes parts de falaises, on ne peut pas en sortir pour l’instant, seulement quand on sera en ville.

    Jack et Pitch, qui s’étaient rapprochés, se dirent que c’était sûrement le meilleur moyen pour trouver quelqu’un qui saurait les aider à rentrer chez eux.

    -On devrait s’y rendre, c’est le seul moyen pour avancer dans notre situation, argumenta l’esprit du froid.

    -Sans oublier les érudits, qui doivent avoir dans leurs archives des traces de personnes de notre monde échouées ici. Il n’y a pas de raison pour que nous soyons un cas unique, plaida le Croquemitaine.

    -De toute manière, on peut pas rester là indéfiniment, mit en évidence Mayumi.

    -Tant qu’il y a à bouffer et du feu dans l’âtre, ça me va, lâcha Tamalice.

    -J’ai un peu d’argent sur moi, je pourrais vous payer une chambre d’hôtel, proposa Mélo.

    -Je suis sûrement la fille disparue du roi et de la reine de cette ville, voire la fiancée de leur fils unique. En tant qu’authentique bénéficiaire du pouvoir, figure d’autorité et emblème de la beauté et des papillons arc-en-ciel auprès du peuple, j’ai le devoir de sauver la contrée contre les forces obscures qui complotent en ce moment-même.

    Tous dévisagèrent Mary-Sue pendant un long, long moment. Elle leur rendit leur regard de ses yeux détenteurs de sagesse et de vérité. Ils la regardèrent. Elle les regarda. Ils la regardèrent. Elle les regarda. Ils la regardèrent. Elle les regarda. Ils la regardèrent. Elle les regarda. Puis ils décidèrent qu’ils en avaient marre et prirent la direction de la rivière menant à la cité.

     

     


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  • [Picnic in Tchernobyl - Yom]

    Une étrange légende raconte qu’on a tous un sosie sur Terre et que le jour où on le croisera un grand changement aura lieu dans notre vie. Mais cette légende reste très vague et peu étudié pour en être sûr. D’ailleurs, Will, à qui ce genre d’histoire lui faisait froid dans le dos, n’y avait jamais vraiment prêté attention jusqu’à ce jour là. Ce jour qui avait changé sa vie, comme l’histoire l’avait prédit. Pour le meilleur, et pour le pire !

                    Il faisait sombre, froid et humide. Will ne comprenait pas pourquoi elle avait accepté une telle commission et maintenant, elle était perdue dans ces souterrains abandonnés. Choisir cette forêt comme raccourci devait être l’idée la plus idiote de toute sa vie. Elle avait vagabondé innocemment à travers les fourrés au départ, humant l’air candidement sans se méfier de quoi que ce soit. Elle aimait la nature, l’odeur de la forêt, les bruits environnant, la brise frapper son visage et la faire rosir de plaisir. Mais sans crier garde, alors qu’elle avait le nez en l’air, attentive au vol de grives au dessus d’elle, le sol s’était affaissé sous son poids et elle avait atterrit sur un sol de béton à 3 mètres en dessous du bois, dans le noir et tout cela en un instant. Elle n’avait pas eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait, juste de réaliser qu’elle était les ennuis jusqu’au cou et qu’elle avait une cheville tordue. Il lui était évidemment impossible de remonter à part si elle avait eu des ailes, elle devait se résigner à errer dans ces sinistres tunnels à la recherche d’une sortie. Dans le noir, le froid et l’humidité.

    Elle trainait donc depuis des heures dans ces terriers géants en pierre en frissonnant et boitant. Le silence était ce qui était le plus perturbant pour elle et l’effrayait le plus. Seul le vent venant de plus loin résonnait dans ces longs couloirs en un sifflement angoissant et terminait sa course en venant geler Will jusqu’aux os. Elle ne voyait pas à un mètre d’elle, celui-ci juste éclairé par la faible lumière de son téléphone. Seulement des parois toutes plus similaires les unes que les autres étaient visibles, ainsi que ses baskets salies par la poussière et usées à force de trébucher. Elle n’osait pas appeler à l’aide, comme pétrifiée par le propre son de sa voix et le silence austère qui allait surement lui répondre. Elle retenait ses larmes, imaginant les scénarios les plus abominables possibles dans sa tête. Will aurait bien voulu penser à autre chose, mais cette quiétude l’angoissait au plus haut point. Mourrait-elle de faim ? De froid ? Tuée et mangée par une bête féroce résidant dans ces souterrains ? Rien qu’en y pensant, elle hoqueta en lâchant un sanglot. Elle commençait à pleurer, faisant résonner sa voix effrayée contre les parois des couloirs. Elle était seule, elle n’arriverait certainement pas à ressortir d’ici et elle n’avait rien sur elle pour abréger ses souffrances. Bien qu’elle n’aurait jamais eu le courage de mettre fin à ses jours. Elle était donc condamnée à mourir de faim et de froid ici.

    Dans une dernière once de vivacité, elle se mit à courir en ignorant sa cheville blessée, s’enfonçant encore plus dans ces galeries sans fin. Puis, elle se stoppa à la limite d’un carrefour de pierre, pétrifiée. Elle avait entendu un bruit de pas venant de droite. La peur la paralysait, elle recula précipitamment avant de trébucher et s’écraser sur son derrière brutalement. Le téléphone vola dans sa chute et s’écrasa quelques mètres plus loin en grésillant, dernier bruit qui résonna dans tous les souterrains en un écho sinistre. Will rampa en direction de celui-ci mais n’eu pas le temps de le ramasser pour l’éteindre d’un coup d’index rapide car il rendit son ultime souffle face au choc. Dans le noir, elle s’arrêta de respirer, écoutant le résonnement, les bruits de pas et surtout son cœur battre la chamade dans sa poitrine. La masse se rapprochait. Avec un peu de chance, se dit-elle, elle ne la verrait pas, comme elle était immobile derrière le mur. Elle passerait, sans regarder, sans prêter attention à elle, sans l’attaquer. Au moment où les pas se trouvaient à l’orée de la sortie, contrairement à ce qu’elle pensait, une vive lumière l’éblouie et un visage blanc au traits identiques aux siens se tourna vers elle. Will cria avant de se relever brusquement, blanche de peur. Elle recula, terrifiée.

    -« Un D-Doppelgänger !!! Hurla sa voix contre sa volonté. »

    Le visage blême se tordit un instant sur le côté. Puis, comme si cette apparition lui avait procurée une soudaine vivacité, elle retrouva le contrôle de ses jambes et se mit à courir dans la direction opposée, longeant les murs, sans lumière et les paumes s’effritant contre les parois sales et froides. L’adrénaline lui avait rendue toute sa force et lui avait fait oublier la douleur de sa jambe. Dans sa tête, la fuite était sa seule option si elle ne voulait pas finir tué par cette chose. Sa situation était comparable à un mauvais film d’horreur, mais en pire, car ce n’était pas un film d’horreur, c’était l’effrayante réalité. Alors qu’elle manquait une unième fois de se prendre un mur lors d’un tournant, elle percuta un groupe de masses informes et noires. Chancelante, sa cheville se tordit de nouveau et elle s’écroula, ses fesses frappant le sol dans un bruit étouffé. Elle grinça des dents en sentant la douleur s’installer dans sa jambe. Autour d’elle, les silhouettes se regroupèrent en se balançant.  Soudain, une lumière éblouissante irradia le lieu avant de s’adapter au regard humain. Derrière cet éclat, une caméra, des personnes munies d’étranges lunettes et un visage masculin aux longs cheveux noirs, le monstre de tantôt. Interloquée, Will ne disait plus un mot. Non pas parce qu’elle ne s’attendait pas à cela, mais plutôt par rapport à la ressemblance frappante qu’elle avait avec ce jeune homme qu’elle avait prise pour une créature venue de l’haut-delà. Un instant, elle avait cru voir une vision d’elle-même. Sans même laisser une seconde au cœur de l’adolescente pour reprendre son rythme normal, il cria, la faisant sursauter une nouvelle fois.

    -« Eh bien voilà celle qui nous gène depuis tout à l’heure! »

     


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  • Alors que je m’arrachais l’intérieur des joues pour ne pas rire, ce que je vis me fit l’effet d’une douche froide. Jack, courant, lui et son derrière rebondi, vers…Mary. Je fis volte face pour harceler Tama.

    « -Il fait quoi, là ?! Hurlais-je en la secouant.

    -Je pense qu’il va la sauver. Bordel, j’aurais préféré qu’elle cuise moi, s’énervait « l’elfe ». Maintenant, on va avoir deux morts au lieu d’un.

    -Hein ?! »

    Je me retournais et vis à mon plus grand malheur, Jack, sous un tas d’aborigènes. Le jeune homme avait tenté de givrer tout ces chauds lapins avec son arme ultime, mais un détail lui avait échappé : il n’avait plus de pouvoir. Il se retrouvait donc enseveli et maintenant un futur repas accroché telle une brochette au dessus d'un grill. Mon cri mit un instant avant de passer la frontière de mes lèvres. Paniquée, je me mis à remuer mes cheveux en quête d’une idée lumineuse pour le sortir de là. Chose difficile pour mon intellect peu développé. Puis un faible espoir surgit, je fixais Tamalice, assise près de Pitch, mangeant tout les deux des graines semblables à des popcorns trouvées sur le sol. Les voyant si peu concerné, j’eus envie de pleurer. Seule la petite Quenotte, si silencieuse depuis le début, paniquait autant que moi. Elle voletait autour de moi dans un bourdonnement agaçant et ses petits couinements m'irritaient au plus au point. Elle m’empêchait de réfléchir, déjà que la tache n'était pas simple... Elle s'activa devant mon nez, essayant de communiquer comme elle pouvait avec moi. Mais je ne l'aimais pas. Jalouse à souhait du fait qu'elle soit toujours auprès de Jack, je ne la voyais pas en tableau. Je plissais donc des yeux et lui soufflais dessus, avec comme seule idée, l’éjecter de mon champ de vision. La petite fée fut envoyée au loin grâce à la soudaine bourrasque. Je réprimais un sourire diabolique devant cette petite chose qui fut ballottée par le « cyclone » et retournais à mon dilemme principal.

    « -Oohh ! J’aime beaucoup cette position, commenta le croquemitaine en regardant Jack suspendu comme un cochon. Dire que j’ai toujours rêvé de voir Jack ainsi, mon rêve se réalise enfin !

    -Je n’ai jamais assisté à une exécution, ça va être fun ! S’amusa mon amie en tapant des mains.

    -Mais-mais, il faut l’aider ! Hurlais-je en gardant un œil sur l’affreuse scène.

    -Mmmhh…je n’ai pas envie, souris bêtement Tama.

    -Et moi encore moins. Tu n’as cas le faire, toi, si tu tiens tant que ça à lui. »

    Je réfléchis une demi-seconde. Mais le petit oiseau aux milles couleurs revint à la charge avec ses piaillements plus forts que jamais. Son petit tour involontaire dans les airs ne lui avait apparemment pas plus. Elle me picora le dessus de la tête et vint s'agiter devant mon nez encore une fois. Énervée, je la poussais d'un geste de la main. Cependant elle ne lâcha pas l'affaire et fut de retour plus vite que je ne le voulais. La voir faisait monter en moi toute la jalousie que j'avais dans mon petit corps, cette jalousie profonde prit possession de moi et la black Mayu entra en action. Elle l'attrapa et lui planta le bec dans une des graines des deux idiots. Quenotte, ayant désormais un poids trop important à l'avant de son petit corps, ne pouvait plus voler ni l'ouvrir. Soulagée, je pus enfin reprendre mon calme, redevenir moi-même et répondre au croquemitaine.

    « -Tu as raison ! »

    Et après avoir récupéré la fée paralysée pour je ne sais qu’elle raison et l’avoir fourré dans ma poche, je couru en direction des indiens, enfin, je pensais le faire. J'avais peur. Mes jambes n’étaient apparemment pas d’accord, je faisais du reculons. Il faut dire que ce n’était pas une question de sauver Jack ou pas, ce n’était d’approcher ces aborigènes. J’en avais froid dans le dos rien que de les regarder.

    « -J’y arrive pas, miaulais-je désespérée.

    -C’est que tu ne dois pas tenir à lui plus que ça alors, dit Pitch sans lâcher la scène des yeux. »

    Si j’avais été dans un manga, je serais représentée avec une flèche dans le cœur, ou un couteau dans la tête. Mais n’étant pas dans un bouquin, j’avais juste perdu ma fierté ET ma notoriété. Je tombais sur le sol, prête à faire mon spectacle. Du bout de mon doigt, je dessinais en pleurnichant sur le sort de mon âme sœur. Que pouvais-je faire, toute seule ? Pas grand chose, si ce n'est de me faire attraper moi aussi. Mais ma positivité attitude monta en moi et j'envisageais le meilleur qu'il puisse m'arriver. Imaginons que je parte à sa rescousse, je le décroche. Il me regarderait, je le regarderais, il m’attraperait soudainement par la nuque et me projetterait en arrière tout en me tenant, telle une pose célèbre du tango. Une de mes jambes en l’air, il serait au dessus de moi et sa main toucherait mon dos, ses cheveux me chatouilleraient le visage, ses grands yeux me fixeraient en papillonnant, et il me soufflerait, des étoiles pleins les yeux :

    « -Merci belle créature à la chevelure orangée. »

    Il rapprocherait son visage, tendrait ses lèvres et…

    Plic, ploc. Ma pensé dépassait ma pureté. Je baissais des yeux et vis du sang maculer le sol poussiéreux. Je saignais du nez. Je vis sur le coup trouble.

    « -Arf, me plaignais-je. On dirait une obsédée, à saigner du nez comme ça ! Je suis dégoûtante ! »

    Je m’essuyais sans regarder à coup de revers de bras. Si je continuais à observer ce ruisseau vivant sortir de ma narine droite, j’allais directement rejoindre le royaume des rêves. Car j'avais la phobie du sang, joie et bonheur.

    « -Oh, ils allument le bûcher, raconta Pitch. »

    Un frisson d’horreur me parcouru, il fallait que j’agisse ! Je me relevais et sprintais sans réfléchir vers le village.

     * * *

    Ah que j’étais heureux, depuis que j’étais sur cette île, tout ce passait pour le mieux. La nature était contre Jack, une folle à la coiffure citrouillante le harcelait et maintenant il allait ce faire manger par des idiots d’aborigènes. Je soupirais de joie tout en avalant une de ces graines étrangement bonnes à côté de Tamalice, ma stalkeuse attitrée. J’avoue qu’elle ne me plaisait pas trop, mais du moment qu’elle restait calme dans son coin, je ne voyais aucun inconvénient à ce qu’elle soit près de moi. Enfin…

    La journée n’avait pas l’air si plaisante pour la petite jeune fille plus loin, qui paraissait dramatiser un peu trop les choses. A moitié couchée par terre, elle faisait semblant de pleurer. Je l’examinais avec pitié. Pauvre chose. Tant de tristesse dans un si petit corps. J'eus un petit rictus. J'adorais voir les gens si désespérés. Elle griffonnait du bout de ses ongles rongés dans le sable, le regard dans le vague lorsqu’elle se mit à ricaner seule tout en continuant à gribouiller, un sourire pervers au visage. Vraiment, les jeunes filles étaient toute aussi givrées de nos jours ?! Elle revint à elle, le nez en sang. Elle paraissait s'en vouloir. Pourtant, elle n'avait rien à se reprocher. C'est alors que j'eus envie de l'embêter un peu en rajoutant un détail.

    - « oh, ils allument le bûcher, mentis-je. »

    Elle se releva brutalement en entendant et sans vérifier, elle couru vers la prison de mon ennemi. Sa petite taille n’aidait pas, elle courait aussi lentement qu’une tortue. Sa démarche maladroite faillit la faire tomber plus d'une fois. Je me moquais un instant tellement la scène était ridicule et que j'étais méchant. Le divertissement était tel qu’inconsciemment, je tendis la main en quête des graines blanches. Ma main entra en contact avec celle de Tamalice. Je la toisai du coin de l’œil, elle me souriait, des graines plein les dents. Que le diable m’emporte et m’éloigne d’elle, elle a une idée derrière la tête! Son postérieur se rapprochait de moi et, collée à ma droite, elle me tendait un popcorn.

    « -Dit « aaahhh », minauda la gamine. »

    Je mis une fraction de seconde à réfléchir à comment j’allais la repousser. J’optais pour la virer dans le buisson face à nous à coup de savates, c’était la technique la plus simple, la moins fatigante et la moins salissante. Lui poussant le visage dans le buisson avec mon pied, je voyais une expression de béatitude sur ses lèvres. Dégoûté, je renvoyais mon attention sur la blonde. En deux minutes, elle avait fait 30 mètres en courant. Elle ne lâchait pourtant pas l'affaire et continuait, les petites silhouettes derrière elle non plus d'ailleurs. Car d'étranges dessins en forme de citrouille et à la texture de la terre gesticulaient. Ils étaient hauts comme une pomme. Je reconnu les dessins qu'elle traçait dans le sol peu de temps avant. Alors cette jeune fille avait le pouvoir de matérialiser ses œuvres et de les faire vivre... Je pourrais facilement en tirer profit de son pouvoir. Je souris et réfléchi un instant. Si cette idiote pouvait faire vivre tout ce qu'elle marquait...Elle pourrait peut être écrire la formule pour me rendre mes pouvoirs! Étant donné qu'elle pouvait faire exister n'importe quoi, le fait de la tracer la ré-actionnerait...Il ne restait donc plus qu'à trouver un moyen pour lui obliger...Finalement, cette gamine n'était pas si inutile que ça...Je repris mes réflexions, à la recherche d'un moyen de pression. Seulement, j'imaginais très bien la personnalité de cette citrouille. Un peu trop écervelée, je savais qu'elle ne se rendrait même pas compte que je la menace. Bref, elle ne me rendrait pas la tache facile...Et si...

    Arrivée à la hauteur des aborigènes, qui eux l'avaient remarqués depuis un moment et l'attendaient, elle poussa un cri de guerre et décrocha la mâchoire du premier venu avec son pied. Son point entra malencontreusement en collision avec le nez d'un autre, faisant voltiger l'os tantôt planté dans ses narines. Elle lança un pardon aux malheureux et continua de se frayer un chemin vers les deux prisonniers. Mais le nombre fit vite la différence et elle se retrouva de suite encerclée. Je retirais mon pied de la face de Tamalice et me dirigeait vers la scène de massacre.

    « -Où tu vas? demanda l'elfe en se relevant et en essuyant la bave qui coulait le long de son menton.

    -Je vais l'aider. (Je regardais les sauvages se mettre à danser bizarrement)

    -Jack?!

    -Pas vraiment...

    -Mais je croyais que tu ne voulais pas intervenir!

    -J'ai changé d'avis. Si cette petite meurt, mon plan échoue. Et se serait fâcheux. »

    La fille aux cheveux roses se redressa en entendant mes propos et fit une mine dégoûtée. Elle marmonna derrière moi sans pour autant s'arrêter de me suivre. Je ricanais de ma méchanceté et continuais mon avancée vers les aborigènes, qui désormais me fixaient.

    * * *

    J'étais encerclée. Tous me regardaient en bavant. J'imaginais déjà ce qu'ils envisageaient me concernant. Me rajouter dans leur bouillon à la Jack, Mary sue et moi maintenant.

    « -N'approchez pas, bande...d'affreux ! « 

    Alors que je brandissais mon maigre poing, j'en vis certains se mettre à sautiller en hurlant. Je me demandais ce qu'il se passait quand je vis, à ma plus grande surprise, mes créations de tout à l'heure. Deux d'entre elles me grimpaient dessus, l'une se posa sur mon épaule tandis que l'autre sur ma tête et trois autres mordaient sauvagement les pieds des indigènes. La citrouille près de mon oreille entama la conversation.

    « -Balotcha kaupti reine ! (elle câlina mon oreille)

    -... »

    Sur le coup, je ne savais que dire. C'était tellement irréel que même moi, je n'y croyais pas. Mais c'était bien vrai, mes dessins avaient prit vie, et parlaient ! Enfin, parlaient…vite dit, disons que je comprenais un mot sur trois. Je les regardais plus en détails.

    « -Trop mignons ! Criais-je.

    La tribu entière sursauta. Je pensais au départ que c'était à cause de mon cri, mais ils se retournèrent tous et regardèrent avec insistance quelque chose. J'étais malheureusement trop petite, et je ne voyais pas. J'en profitais donc pour m'extirper du cercle et courir vers l'homme que j'aime se trouvant saucissonné à un poteau. Arrivée à ses pieds, je fantasmais encore une fois sur la récompense que j'allais certainement avoir de sa part.

    « -Jack, je suis là, tout va bien ! Dis-je en déligotant ses jambes.

    -Mais magne-toi de venir me détacher, sac à limaces! Siffla Mary-Sue. »

    J'allais répliquer lorsque j'entendis Jack s’inquiéter :

    « -Euh...Mayumi...feu !

    -Hein ?

    -AAAAHHH !!!! Beugla la harpie sans cervelle.

    -Y A LE FEU !!! Hurla le beau gosse. »

    Je me retournais. Une de mes créations venait de faire tomber l'une des torches disposée près du bûcher SUR le bûcher. Son petit « oups, bêtise… » venait de signer notre arrêt de mort. Paniquée, je demandais à la petite créature sur ma tête de détacher les bras de Jack, étant trop petite.

    « - Sauvez-moi !! cria la peste. »

    J'ignorais sa demande et pressais mon dessin. Mes autres inventions, aussi bêtes que moi, tentaient vainement d'éteindre les flammes en soufflant dessus, accentuant le feu. Elles arrivaient désormais à ma hauteur et entamait les deux piliers des prisonniers et mon pantalon.

    « -Ouach ! Chaud, chaud ! Braillais-je avant de me prendre Jack. »

    Il se releva sans prendre la peine de s'excuser, tout les sens en alerte. Je me remettais debout en frottant ma cuisse brûlée et lui prit la main, le tirant vers une « sortie ».

    « -Dépêchons nous de partir avant qu'il ne soit trop tard ! M'époumonais-je en voyant qu'il se dirigeait vers Mary. »

    Il se dégagea, me souleva et m'envoya en l'air. Je poussais un glapissement en apercevant les flammes passer juste en dessous de moi et atterris les fesses dans l'herbe sèche, juste derrière la barrière de feu. L'émotion fut trop forte, je m'évanouis.

    * * *

    J'étais devant les sauvages. Ils m'observaient tous sans bruit. Et alors que j'allais me diriger vers la blonde, elle se faufila entre eux et partis en direction du givré. Je claquais de la langue, irrité.

    « -Pitch...j'aime pas leur regard...

    -Ne t'occupe pas d'eux. Contente-toi de me suivre. »

    J'allais contourner la troupe lorsque leur chef me fit face.

    « -Golonga kami gogotka ! Sortit-il avant de s'incliner. »

    Les autres aborigènes suivirent leur chef et s'inclinèrent à leur tour. Je soulevais le sourcil, intrigué par ce rituel.

    « -Je crois qu'ils te prennent pour leur dieu, souffla Tamalice.

    -Je vois ça. Enfin des gens qui m’apprécient à ma juste valeur ! »

    L'elfe frissonna en entendant mes paroles, des cœurs pleins les yeux, quand j'entendis hurler. Je dirigeais mon regard en direction du cri et vit le feu gagner la troupe d'idiots un peu plus loin. Mon champ de vision était limité, le brasier m’empêchait de voir toute la scène, je ne pouvais apercevoir que les colonnes de bois qui maintenaient Jack et une brune prisonniers. La petite blonde avait envenimé les choses plus qu'elle ne devait les atténuer. Je soupirais et contournais le chef pour me diriger vers eux. Je vis la légende tomber de son pilier, apparemment libéré par Mayumi puis la blonde voler par je ne sais quel miracle au dessus du feu. Tamalice se précipita vers son amie.

    « - Mayu, réveille-toi ! Il faut que tu voies ce que tu as fait ! Bravo ! Sacrifier son âme sœur dans le but de faire disparaître une hyène pareille, je t'adore ! »

    L'elfe secouait la jeune fille évanouie comme un pruneau. Mais sa remarque me fit sourire. Alors comme ça, Jack était toujours là dedans ? Bien, très bien même ! Cette petite citrouille gagnait de mon estime ! 

    « -il faut y aller, signalais-je. »

    Tamalice hocha de la tête et tenta de porter l'évanouie. Mais celle ci, bien que robuste, n'y parvint pas. Je savais très bien que j'allais devoir me coltiner la blonde sur le dos, mais lorsque Tamalice le compris, elle s'interposa.

    « -Ah non! Ça suffit le favoritisme! Ou on la laisse là ou tu me portes avec elle!

    -Mais tu n'as pas bientôt fini ton caprice? Nous n'avons pas le temps de discuter de choses aussi futiles. Et puis je fais ce que je veux, miss.

    -Oh si! J’ai tout mon temps! (elle s’assit sur le corps de l'endormie et croisa les bras) crois-moi, je ne partirais pas d'ici tant que je n'aurais pas ce que je veux.

    -Tu es ridicule, allez, pousse toi! (mon bras partis tout seul dans sa direction) »

    Elle esquiva mon revers et grognant tandis que le feu commençait à atteindre mes chaussures.

    « -J'ai dit, que je ne bougerais pas. »

    Je la fusillais du regard. Si la blonde n'avait pas été sous sa copine, je serais certainement parti. Mais elle était là, et sans elle, pas de pouvoir, plus de plan. Bref, je resterais toute l'éternité parmi ces imbéciles de sauvages. Ce futur là, ne m'attirant pas vraiment, je mettais ma fierté de côté et souleva l'elfe. D'un petit mouvement sec, je la calais sous mon épaule tandis qu'avec l'autre bras je plaçais la blonde sur mes épaules, comme on porte un enfant. Une grimace titillait mon visage; moi, Pitch, était désormais résolu à ce ridicule. Etais-je vraiment désespéré pour tenter quelque chose de la sorte? Il fallait croire que oui, il faut dire, je préférais largement endurer ceci quelques minutes plutôt que Jack et ces deux filles toute l'éternité. Surtout Jack. Mais maintenant qu'il n'est plus...

    Je commençais à courir en direction de la forêt, le plus loin possible du feu et des aborigènes. Redressant parfois Mayumi, toujours inconsciente, qui glissait de mes épaules le tout en bavant sur ma cape sans compter la jeune elfe aux cheveux roses qui gloussait sous mon bras. Mais c’est avant que je ne puisse soupirer d’énervement que la blonde se réveilla en sursautant.

    « -Je suis vivante ?!

    -Absolument, lâchais-je.

    -Si je pouvais, j’arrêterais le temps et repasserais en boucle ce moment, bredouilla amoureusement Tamalice. »

    La citrouille gigota pour analyser la situation. Elle jeta un coup d’œil à son amie qui gazouillait sous puis regarda en arrière.

    « Nous sommes suivis, fit-elle remarquer en voyant les sauvages à nos trousses.»

    Comme un avertissement, en entendant ces paroles, mon instinct fut en éveil et j’évitais d’un poil une flèche qui aurait dû me transpercer l’arrière de ma tête et ressortir entre mes deux yeux. Ma fuite redoubla tandis que la blonde s’agitait plus que prévu. Je grognai et jeta un coup d’œil à celle bougeait comme un asticot. Elle regardait mes cheveux…Bizarrement. Un petit hoquet sortie de sa bouche et j’avais l’intuition qu’elle pensait à quelque chose qui n’allait pas me plaire. Et sans me laisser le temps de dire quoi que ce soit, de l’avertir, elle appuya sur mon crâne de toutes ses forces, me faisant rentrer la tête entre les épaules d’un craquement, le tout en gloussant fortement :

    « -Champignon ! »

    J’eu un moment de haine intense. Si j’avais eu mes pouvoirs, elle serait morte décapitée depuis longtemps. Pas qu’elle d’ailleurs, tout ce qui m’entourait même à plus de 10 mètres. Et c’est avec cette colère immense que j’attrapais une lance en plein vol alors que son but était de créer un nouvel orifice à mon corps et la renvoyait à son destinataire qui la reçu avec une certaine antipathie. Ce genre d’humour (que s’en soit ou pas d’ailleurs) ne m’avait jamais fait rire, si on mettait de coté mon caractère peut jovial et rieur, évidemment.

    Puis des bruits différents de ceux que laissaient entendre les sauvages. Un toussotement, un gémissement et une voix familière jurant. La blonde tressaillit.

    « -Jack ! Hurla-t-elle comme si elle avait été un chien de garde dans une vie antérieure. Et…Mary Sue… »

    Car oui, la personne ayant lâchée ce juron quelques secondes auparavant n’était autre que Jack Frost le miraculé, le soit disant mort d’il y a 5 minutes. Celui qui ne m’avait absolument pas manqué. D’un pas héroïque, il nous rattrapa alors qu’il était apparu soudainement d’entre des arbres, avec, dans ses bras, la jeune fille prisonnière à ses cotés quelques temps plus tôt, évanouie. Sans le vouloir, Mayumi claqua de la langue, irritée, alors que Tamalice jouissait de l’instant présent entre mon bras en soupirant d’extase. De mon côté j’aurais bien aimé achever le frizzer rescapé en bonne et due forme maintenant si je n’avais pas eu deux poids de trop sur moi. Je risquais de craquer vite si les retournements de situations s’accentuaient…

    ***

    « -Jack ! Et…Mary Sue… »

    Alors que j’avais toujours cru en sa survie depuis qu’il avait disparu dans les flammes, je regrettais un quart de seconde d’avoir tenté de le sauver en voyant la pimbêche dans ses bras. Je sentais la jalousie monter en moi et la black Mayu me chatouiller l’avant bras, m’incitant à laisser ma colère prendre le dessus. Je la chassais d’un mouvement de poignet. Quand bien même j’aurais voulu qu’elle périsse, jamais je n’aurais voulu voir Jack mourir une seconde fois, j’avais suffisamment pleuré lorsque j’avais vu sa mort dans un lac gelé, alors très peu pour moi… Black s’enfouit dans un coin de ma tête en grommelant, me laissant réfléchir à mon aise sur comment en finir avec l’abominable peste. Et si je balançais maintenant la bombe à retardement nommée Quenotte, elle irait lui crever les yeux et lui arracher mèches après mèches. Cependant je ne pouvais pas anticiper à 100% ses mouvements, elle pouvait très bien se retourner contre moi étant donné qu’elle était écrasée dans ma poche comme une vulgaire babiole. Finalement, je préférais le faire moi-même en temps voulu, de plus, je suis sûre que Tamalice consentira à m’aider !

    Nous slalomions toujours entre les arbres, nous enfonçant toujours un peu plus dans la forêt. Les aborigènes étaient plutôt bornés, ils ne nous lâchaient pas d’un poil et continuaient de nous courir après. Un silence pensant rempli de stress nous écrasait alors que la harpie se réveillait.

    « -Comment se fait-il qu’on ne m’ai pas déjà apporté mon petit déjeuné ?! Et j’exige que vous arrêtiez de faire trembler mon lit, bande de serviteurs inutiles, serait-ce un acte de rébellion ?! »

    Elle ouvrit les yeux et regarda, horrifiée, son entourage.

    « -Je n’arrive pas à croire que la première chose que je vois en me réveillant est le pet de moule et la loutre analphabète.

    -Elle a toujours le mot pour faire rire la putassière, répliqua Tamalice en ricanant. 

    -Et c’est le ramassis de chiure de moineau qui dit ça !

    -Moule à gaufres !

    -Globicéphale !

    -Manche à couilles !

    -Pouffiasse ! »

    La veine du front de Tama tapait et elle me fusilla du regard. Je tressaillis.

    « -Mayu, dis quelque chose bon sang, elle t’a insulté aussi!

    -Euh…Je…Mais je… »

    Elle me regardait avec insistance tandis que Mary sue en rajoutait une couche derrière :

    « -Loutre analphabète était vraiment approprié, elle n’est même pas capable de se défendre en trouvant une insulte digne de ce nom.

    -…Je…Tu…Tu n’es qu’un...Un gros caca poilu !

    -…

    -… »

    Les deux filles me regardèrent à la fois avec pitié et désespoir. Ce fut la seule fois où elles furent d’accord sur un point. Les garçons quant à eux continuaient de courir et étaient un peu affligés que de telles inepties sortent de notre bouche à notre âge. Mal à l’aise de toute cette tension, je sentais qu’il était temps de descendre des épaules de Pitch, de plus ses mouvements se faisaient de plus en plus lents. D’un bond, j’atterrie sur le sol maladroitement et me mis à courir. Pitch n’ayant plus aucune raison de porter mon amie la lâcha, la laissant se rattraper tant bien que mal à moi. La course continuait à travers les broussailles et nous nous demandions tous quand allaient-ils abandonner.

    Ce fut à cet instant que Tamalice, qui avait pris de l’avance sur tout le monde, percuta violement quelque chose. La bête en question était sortie de nulle part, ne laissant pas une chance à l’elfe de l’éviter. Cette chose était une jeune fille, mi-chat, mi-humaine, la peau mate et les cheveux en broussailles, elle avait la bouche en 3. Ses mains étaient remplacées par des pattes de chat et ses pieds étaient, me semble t-il, pareils. Son regard félin reflétait la peur. Derrière elle, on entendait du remue-ménage, une bête plus grosse qu’un arbre la poursuivait, un rhinocéros bleu à six pattes que l’on pourrait trouver sur une planète dont le nom est assez proche de la première femme antique. Cette monstruosité piétinait tout sur son passage et n’hésiterait pas à nous réduire en bouillis si les sauvages ne le faisaient pas à sa place avant. Et c’est ainsi qu’avec un simple regard, les deux filles se mirent d’accord et partir à l’opposé des menaces. Nous les suivions avec hâte, désormais nous n’avions non pas un danger mais deux aux fesses.


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