• [Picnic in Tchernobyl - Yom]

    Une étrange légende raconte qu’on a tous un sosie sur Terre et que le jour où on le croisera un grand changement aura lieu dans notre vie. Mais cette légende reste très vague et peu étudié pour en être sûr. D’ailleurs, Will, à qui ce genre d’histoire lui faisait froid dans le dos, n’y avait jamais vraiment prêté attention jusqu’à ce jour là. Ce jour qui avait changé sa vie, comme l’histoire l’avait prédit. Pour le meilleur, et pour le pire !

                    Il faisait sombre, froid et humide. Will ne comprenait pas pourquoi elle avait accepté une telle commission et maintenant, elle était perdue dans ces souterrains abandonnés. Choisir cette forêt comme raccourci devait être l’idée la plus idiote de toute sa vie. Elle avait vagabondé innocemment à travers les fourrés au départ, humant l’air candidement sans se méfier de quoi que ce soit. Elle aimait la nature, l’odeur de la forêt, les bruits environnant, la brise frapper son visage et la faire rosir de plaisir. Mais sans crier garde, alors qu’elle avait le nez en l’air, attentive au vol de grives au dessus d’elle, le sol s’était affaissé sous son poids et elle avait atterrit sur un sol de béton à 3 mètres en dessous du bois, dans le noir et tout cela en un instant. Elle n’avait pas eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait, juste de réaliser qu’elle était les ennuis jusqu’au cou et qu’elle avait une cheville tordue. Il lui était évidemment impossible de remonter à part si elle avait eu des ailes, elle devait se résigner à errer dans ces sinistres tunnels à la recherche d’une sortie. Dans le noir, le froid et l’humidité.

    Elle trainait donc depuis des heures dans ces terriers géants en pierre en frissonnant et boitant. Le silence était ce qui était le plus perturbant pour elle et l’effrayait le plus. Seul le vent venant de plus loin résonnait dans ces longs couloirs en un sifflement angoissant et terminait sa course en venant geler Will jusqu’aux os. Elle ne voyait pas à un mètre d’elle, celui-ci juste éclairé par la faible lumière de son téléphone. Seulement des parois toutes plus similaires les unes que les autres étaient visibles, ainsi que ses baskets salies par la poussière et usées à force de trébucher. Elle n’osait pas appeler à l’aide, comme pétrifiée par le propre son de sa voix et le silence austère qui allait surement lui répondre. Elle retenait ses larmes, imaginant les scénarios les plus abominables possibles dans sa tête. Will aurait bien voulu penser à autre chose, mais cette quiétude l’angoissait au plus haut point. Mourrait-elle de faim ? De froid ? Tuée et mangée par une bête féroce résidant dans ces souterrains ? Rien qu’en y pensant, elle hoqueta en lâchant un sanglot. Elle commençait à pleurer, faisant résonner sa voix effrayée contre les parois des couloirs. Elle était seule, elle n’arriverait certainement pas à ressortir d’ici et elle n’avait rien sur elle pour abréger ses souffrances. Bien qu’elle n’aurait jamais eu le courage de mettre fin à ses jours. Elle était donc condamnée à mourir de faim et de froid ici.

    Dans une dernière once de vivacité, elle se mit à courir en ignorant sa cheville blessée, s’enfonçant encore plus dans ces galeries sans fin. Puis, elle se stoppa à la limite d’un carrefour de pierre, pétrifiée. Elle avait entendu un bruit de pas venant de droite. La peur la paralysait, elle recula précipitamment avant de trébucher et s’écraser sur son derrière brutalement. Le téléphone vola dans sa chute et s’écrasa quelques mètres plus loin en grésillant, dernier bruit qui résonna dans tous les souterrains en un écho sinistre. Will rampa en direction de celui-ci mais n’eu pas le temps de le ramasser pour l’éteindre d’un coup d’index rapide car il rendit son ultime souffle face au choc. Dans le noir, elle s’arrêta de respirer, écoutant le résonnement, les bruits de pas et surtout son cœur battre la chamade dans sa poitrine. La masse se rapprochait. Avec un peu de chance, se dit-elle, elle ne la verrait pas, comme elle était immobile derrière le mur. Elle passerait, sans regarder, sans prêter attention à elle, sans l’attaquer. Au moment où les pas se trouvaient à l’orée de la sortie, contrairement à ce qu’elle pensait, une vive lumière l’éblouie et un visage blanc au traits identiques aux siens se tourna vers elle. Will cria avant de se relever brusquement, blanche de peur. Elle recula, terrifiée.

    -« Un D-Doppelgänger !!! Hurla sa voix contre sa volonté. »

    Le visage blême se tordit un instant sur le côté. Puis, comme si cette apparition lui avait procurée une soudaine vivacité, elle retrouva le contrôle de ses jambes et se mit à courir dans la direction opposée, longeant les murs, sans lumière et les paumes s’effritant contre les parois sales et froides. L’adrénaline lui avait rendue toute sa force et lui avait fait oublier la douleur de sa jambe. Dans sa tête, la fuite était sa seule option si elle ne voulait pas finir tué par cette chose. Sa situation était comparable à un mauvais film d’horreur, mais en pire, car ce n’était pas un film d’horreur, c’était l’effrayante réalité. Alors qu’elle manquait une unième fois de se prendre un mur lors d’un tournant, elle percuta un groupe de masses informes et noires. Chancelante, sa cheville se tordit de nouveau et elle s’écroula, ses fesses frappant le sol dans un bruit étouffé. Elle grinça des dents en sentant la douleur s’installer dans sa jambe. Autour d’elle, les silhouettes se regroupèrent en se balançant.  Soudain, une lumière éblouissante irradia le lieu avant de s’adapter au regard humain. Derrière cet éclat, une caméra, des personnes munies d’étranges lunettes et un visage masculin aux longs cheveux noirs, le monstre de tantôt. Interloquée, Will ne disait plus un mot. Non pas parce qu’elle ne s’attendait pas à cela, mais plutôt par rapport à la ressemblance frappante qu’elle avait avec ce jeune homme qu’elle avait prise pour une créature venue de l’haut-delà. Un instant, elle avait cru voir une vision d’elle-même. Sans même laisser une seconde au cœur de l’adolescente pour reprendre son rythme normal, il cria, la faisant sursauter une nouvelle fois.

    -« Eh bien voilà celle qui nous gène depuis tout à l’heure! »

     


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