• Mary-Sue marchait depuis ce qu’il semblait être des heures qu’elle n’était pas fatiguée. Elle arpentait le sol rocheux de sa démarche souple et dansante, ondoyant son petit postérieur dénué de toute cellulite. Soudain, elle se figea. Elle venait de voir, grâce à sa vision digne du Peuple Elfique, un village aborigène, à quelques centaines de mètres. May passa sa main fine et gracieuse dans ses cheveux soyeux, aussi sombres que son âme, et fit une moue adorable. Elle venait de décider de faire connaissance des inoffensifs indigènes potentiellement cannibales et sans nul doute armés jusqu’aux dents, qui reconnaitraient en elle leur sublime déesse. Ah oui, vous avait-on dit que Mary-Sue était de la famille de Percy Jackson ?

    Bien entendu, la compréhension entre les sauvages et la mi-princesse-mi-déesse-mi-ninja-du-village-de-Konoha-mi-pirate-de-GrandLine-mi-sorcière-mi-elfe-mi-sirène se ferait sans peine, car May parlait couramment une soixantaine de langues et en comprenait bien deux mille autres. Dumbledore, Gandalf, Saruman, Maître Duom, Loki, Wellan et Oromis pouvaient aller se rhabiller.

    Donc, la splendide jeune femme, ayant décidé d’aller à la rencontre des autochtones, se remit en marche. Elle arriva quelques minutes plus tard aux huttes ; les membres de la tribu dansaient et psalmodiaient autour d’un feu de joie. Lorsqu’elle fit son apparition, les aborigènes s’arrêtèrent et s’en fut un grand silence. Mary-Sue eut un sourire indulgent. Qui n’aurait pas cette réaction face à ma beauté fantasmagorique ? Puis tous les indigènes se jetèrent sur elle en hurlant.

     

     

    C’est connu, l’adversité rapproche. En l’occurrence, ce fut deux anciens adversaires, rapprochés par un catapultage dans un coin paumé, la perte de leurs pouvoirs et deux tarées adeptes du harcèlement sexuel, qui se sentirent soudain très, très proches. Les deux folles n’avaient pas arrêté leur danse de la joie en se donnant de grandes claques dans le dos et en gloussant.

    Pitch Black et Jack Frost échangèrent un regard de connivence. On bat en retraite ? Ils eurent le même hochement de tête et commencèrent lentement à reculer. Hélas, cela ne passa pas inaperçu aux yeux des deux filles.

    « - Eh ! Z’allez où comme ça ? Partez pas déjà ! » La blonde venait de parler. A côté d’elle, son amie eut un petit sourire narquois.

    « - De toute manière, ce n’est pas comme s’ils pouvaient se débrouiller sans nous. » Les deux légendes se redressèrent, piquées au vif.

    « - Et pourquoi ça, très chère ? 

    - Bah vous êtes sur notre île !

    La blonde tressauta et les deux hommes se regardèrent, interloqués. Elle ouvrit la bouche mais sa camarade lui écrasa les orteils sans pitié. Heureusement, Jack et Pitch n’avaient rien vu. Ils reportèrent leur regard sur les filles.

    « - Votre île ? »

    La miss aux cheveux roses fit une moue ennuyée et haussa les épaules, gênée.

    «  -Enfin, pas exactement notre île mais… Ben, on vit ici, quoi. » Sur ce, elle se mit à siffloter. Son amie se massait le pied en la fusillant du regard –ce que les légendes ne comprirent pas- tandis que ces dernières affichaient un air plus que sceptique. La plus loquace s’avança vers eux (ce qui les fit reculer) et tendit la main, un grand sourire aux lèvres.

    « - Enchantée ! Je suis Ali… Tamalice, et ma pote, c’est… Mayumi, mais vous pouvez nous appeler Mayu et Tama. 

    - On se contentera de Tamalice et Mayumi, merci.

    - Ouais, les surnoms, c’est trop proches. » Le tout ponctué de deux affreuses grimaces. Tamalice, fine diplomate, ne tilta pas, mais Mayu leur tira la langue et dû se retenir de leur apprendre les bonnes manières. La demoiselle reprit, sur le ton de la pluie et du beau temps :

    « - Donc, comme ça, vous êtes en vacances ? »

    Tous la regardèrent, et les hommes eurent l’air révolté.

    « - On est pas en vacances !

    - Pas de vacances pour la peur !

    - On a été catapulté ici contre notre gré !

    - Sans la moindre explication !

    - Privés de nos amis !

    -Privés de nos cauchemars !

    - Et surtout… »

    Ils achevèrent d’une seule voix :

    « - Privés de nos pouvoirs !! »

    Tamalice fit mine de digérer l’information et fit, contrite :

    « - C’est fâcheux. » Elle se tourna vers son amie.

    « - Très fâcheux. Peut-être pourrions-nous aider ces deux éphèbes sans ressources ? »

    Une lueur d’espoir s’alluma dans l’œil de Jack et il s’exclama, ravi :

    « - Vous pourriez faire ça ?! » Pitch faillit se faire un facepalm à la vue de la naïveté du jeune.

    « - Bien entendu ! Déjà, nous allons vous aider à sortir de cette jungle, puis, euh… Retour à la civilisation ! Maaaagique ! » Elle accompagna sa tirade d’un sourire charlatan. Le Croquemitaine fut amusé, même s’il ne l’aimait pas. Manipulatrice comme pas deux. Elle lui rappelait Loki, tiens.

    A côté d’elle, Mayu comprit enfin son cirque, mais préféra la laisser fabuler seule. Elle, avait le don de la comédie, pas du mensonge. Elle risquait de se prendre les pieds dans ses duperies et de les trahir toutes les deux. Pitch décida de jouer le jeu ; après tout, qu’avait-il à perdre ?

    « - Donc, nous en sommes réduit à mettre nos vies entre vos mains. A présent, il serait temps de justifier les espoirs que nous vous confions, non ?

    - Yep ! Suivez le guide ! » Sur ce, elle tourna les talons, non sans avoir gratifié le Maître de la peur d’un regard admiratif, et avança vers la végétation dense et luxuriante. Les Légendes lui emboitèrent le pas, suivies de Mayumi, dévorant des yeux le fessier rebondi de Jack.

     

     

    Mary-Sue fulminait. COMMENT pouvait-on la traiter ainsi, elle, jumelle cachée d’Harry Potter, demi-sœur d’Ace aux poings ardents, confidente d’Eragon, fille d’Elrond, cousine de Percy Jackson, amante de Legolas, nièce de Sherlock Holmes, psy de Voldemort, COMMENT ?! Des têtes allaient tomber !

    Enfin, des têtes allaient tomber lorsqu’elle aurait réussi à se détacher. Là, sa situation était quelque peu critique, pieds et poings liés à un épieu que les aborigènes dirigeaient dangereusement vers un feu. Parlons-en de ces aborigènes ! Ils lui avaient sauté dessus, beuglant et suant comme des porcs, saisie sans ménagement et ligoté à un pic ! Leurs peintures corporelles avaient sali sa minijupe à carreaux inspiration gothique/sweet lolita ! Et elle s’était CASSE un ongle ! Des têtes allaient tomber, ça, ça n’allait pas manquer.

    Et puis, avec un peu de chance, un commando surprise composé des effectifs masculins des Avengers, des effectifs masculins d’Harry Potter et des effectifs masculins de One Piece allaient surgir pour la sortir de cette situation épineuse et la réconforter face au traumatisme. Yep. Elle pourra en profiter pour les mettre dans son lit tous en même temps. Qui pouvait lui résister, de toute manière ? Et ces indigènes n’avaient que leur propre manière de vouloir consommer son corps, après tout.

     

     

    La petite troupe marchait depuis près d’une heure, lorsque le seul incident à déplorer survenu. Tout était calme, lorsqu’un bolide volant déboula des fourrées et percuta Jack en pleine tête, lequel fut projeté contre un tronc. Mayu, derrière lui, n’avait eu que le temps de voir passer ledit bolide, une sorte… d’oiseau ? Tropicale fonçant à toute allure. Elle se précipita vers le Garçon du Gel et s’accroupit auprès de lui, tandis que les deux autres se retournaient.

    « - Aïe, ma tête…

    - Tout va bien, Jack, je suis là !

    - J’vais mourir… »

    Tamalice, sans pitié ni tact, asséna :

    « - C’est bien les mecs, ça, d’être douillet.

    -Ma tête…

    - Tu vois bien qu’il souffre ?!

    - Pitié, faites les taire… »

    La leadeuse gloussa, intensifiant le mal de crâne du jeune homme, et Pitch, à côté d’elle, se mit à faire crisser ses ongles l’un contre l’autre, un sourire mauvais aux lèvres. Jack avait l’impression que chaque son résonnait en écho insupportable dans sa tête, perturbant sa compréhension de l’environnement. Il entendait les autres mais ne les comprenait pas.

    Mayu se tint tout près de lui, son visage touchant presque le sien. L’éphèbe la regardait de ses yeux d’un bleu doux, les lèvres légèrement entrouvertes, et la blonde sentit son souffle frais sur sa peau. Elle rapprocha tout doucement sa bouche de la sienne, sous le charme, lorsque une nuée des oiseaux-bolides survola le groupe et que l’un deux lui chia sur l’épaule. Il y eut un long flottement. Puis un hurlement de rage sanguinaire déchira l’atmosphère lourde et entêtante de la jungle.

     

     

    Le groupe avait poursuivi sa randonnée à travers la jungle sans changement, à la différence près que Mayumi ouvrait la marche et piétinait hargneusement à chaque foulée. Pitch et Tamalice respectaient un silence prudent, tandis que Jack tentait de se déboucher les oreilles avec force moulinets de l’auriculaire. La troupe parvint finalement à l’orée de la forêt.

    Tamalice s’avança, bras ouverts, et respira l’air frais et non plus chargé des effluves écrasantes des végétaux.

    « - Ca y est, nous sommes enfin arrivé !

    - Qui sent des pieds ? »

    Jack était temporairement atteint de troubles de l’audition.

    « - Nous n’aurons pas marché pour rien.

    - C’est moi que tu traites de boudin ?!

    - J’ai eu raison de tourner à gauche.

    - Pitch est tombé dans la débauche ?! »

    Le Croquemitaine se jura de lui faire payer ça un jour. Tamalice, soucieuse de sa vie, évita prudemment Mayu, d’une humeur exécrable, lorsqu’elle s’avança. C’est alors qu’elle remarqua, à quelques centaines de mètres, un genre de village perché contre les falaises, du genre de celui qu’elle avait vu dans Pirates de Caraïbes.

    «  - Qu’est-ce qu’on fait ?

    - On les massacre.

    - ON VA LES RENCONTRER. » Un sourd a souvent du mal à s’entendre, et forcément parle plus fort que nécessaire. Apparemment, son état s’améliorait s’il avait comprit la question.

    « - Ils ont peut-être des informations qui pourraient nous être utiles. » Tous regardèrent Pitch.

    « - C’est dit, on y va. »

    Ils marchèrent sur la distance les séparant du village, puis se cachèrent dans les fourrées à la vue de l’hyperactivité des aborigènes. Mayu écarquilla soudainement les yeux.

    Mary-Sue.

    La splendide, l’intelligente, la mystérieuse, l’insupportable Mary-Sue était ficelée à un épieu, à l’écart de la masse humaine qui grouillait de frénésie, qui avait eu le temps de les apercevoir, et qui, à présent, les appelaient.

    « - Eh ! Venez m’aider ! 

    - Putain, ferme ta gueule, on va se faire re-pé-rer… » Tamalice se massait l’arrête du nez entre les doigts. Jack intervient :

    « -Qu’est ce qu’elle dit ? Il faut qu’on aille l’aider !

    - A l’aide, venez m’aider !

    - Qu’est-ce qu’elle dit ?

    - Elle dit qu’il faut l’abandonner.

    - C’est chaud pour mes fesses, il y a un festin cérémoniel !

    - Elle dit qu’elle est une déesse et qu’ils vont la libérer de sa prison charnelle.

    - Ca commence à être ‘’hot’’, et pas en bien !

    - Elle dit de ne pas oublier la carotte et de la mettre près du coin pubien. Bizarre cette fille. Fétichiste des légumes. M’enfin, c’est peut-être mieux pour la cuisson. »

    Pitch et Mayumi se retenaient tant que possible d’exploser de rire et de rouler par terre en se tapant les cuisses ; la tâche était ardue vu leur visages complètement rouges. Jack écarquilla les yeux, horrifié.

    « - La cuisson ?! »

    Il se retourna vers la magnifique jeune femme vulnérable qui le fixait, pleine d’espoir, et s’élança.


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