• Chapitre 10 [Par Mayumi]

    « -AAAAHHHH ! Hurlèrent tous les membres du groupe en voyant dans quel état il venait d’être mis.

    -J’ai des sabots à la place des mains, qu’est-ce qu’il s’est passé ?!

    -Je chochotte, au checours ! Je chais pas che qui ch’est paché avec mes dents !

    -Mon épilation parfaite !!!

    -Je n’ai plus de doigts !!!

    -Et moi plus d’oreilles ?! Et ma queue ?!

    -Plaignez-vous, je ne vois strictement rien ! S’agita une masse sous la sombre cape du croquemitaine. »

    Alors que la plupart des membres se secouaient pour se débarrasser de leurs vêtements désormais beaucoup trop grands pour leur petit corps, d’autres restaient pétrifiés, et pas forcément de peur. Tamalice, transformée en âne, ne pouvait absolument pas bouger, elle était prisonnière de ses habits. Son corset avait craqué à son plus grand malheur et trainait par terre, sa ceinture la serrait beaucoup trop, essayant de mincir un corps qui ne le devrait absolument pas. Son pantalon avait pris cher, notamment à la taille, l’élastique ayant craqué après la prise de hanche bien trop importante, cependant il restait en place et puis ses pattes avaient largement la place de s’y trouver, baggy oblige. Mais ses bottes étaient devenues bien trop inconfortables, sans oublier cette affreuse ceinture qui la scindait en deux, il fallait qu’elle la retire ! Et son pelage ridicule n’avait pas fini d’en faire rire plus d’un : rose, comme ses cheveux. Elle ne savait pas comment, mais sa mèche rebiquant devant ses yeux était encore là, plus crépue que d’habitude mais toujours là. Elle avait d’effroyables grosses lèvres, tellement grosses qu’elle devait se concentrer pour ne pas les laisser pendre. Elle devait avoir un sourire à tomber, pensa-t-elle ironiquement, aussi sexy que l’Âne dans Shrek. Elle s’acheva toute seule en voyant qu’elle avait une queue et s’écrasa sur le sol en se bidonnant, le souffle court.

    Jack avait disparu sous son sweat bleu, sa crosse jonchait le sol, abandonnée. Le pantalon du beau gosse s’agita et un manchot apparu. Je reconnue tout de suite Jack, des stries argentées typiques de son pouvoir étaient encrées dans son plumage, formant des rosasses argentées discrètes à la limite de ses plumes bleutées et blanches. Et puis ses épis n’avaient pas disparu et s’étaient formés dans ses plumes au-dessus de sa tête. Désormais il mesurait moins d’un mètre cinquante et ballotait d’un côté à un autre, encore maladroit dans ses premiers pas en tant qu’oiseau marin. Il regardait avec effarement ses pieds palmés et la disparition de ses mains.

    Mary-Sue s’extirpait à son tour de ses vêtements et plissait ses petits yeux à tel point qu’on aurait presque cru qu’ils allaient disparaitre de sa face de chihuahua. Son pelage brun luisait de la même manière que ses cheveux, mais c’était beaucoup moins classe sur un chien. Elle ressemblait désormais à un bijou précieux, elle brillait de la même manière qu’Edouard Cullen dans Twilight, les biceps en moins. Elle était haute comme trois pommes et ses pattes étaient tellement minuscules que ses poils frottaient contre le sol sale. Elle était furax, sa manucure avait disparu et prit une forme tout autre, des griffes avec du vernis rose écaillé. Son maquillage avait quasiment disparu sous son pelage, seul l’eyeliner intensifiait son regard canin, lui donnant un air plus effrayant qu’autre chose. Et puis elle était nue, quoi ! Elle jappait avec frénésie, comme prise d’un hoquet phénoménale, faisant des petits bons insupportables. Tellement insupportables que le « rat enragé » se prit un sabot en travers de la tronche signé Tamalice.

    Pitch apparu en même temps que Jack, des plumes excentriques surplombant son regard blasé de cacatoès. Sa coiffure n’avait jamais été aussi bien mise en valeur. Ses longues ailes de la couleur de ses cauchemars rappelaient sa longue cape. Son nez était quasiment de la même forme que son bec, le changement ne devait donc pas être trop dénaturant pour le croquemitaine. Seule une chose le fit se figer : les quelques plumes tombants devant ses yeux. D’ordinaire, elles auraient dû être d’une couleur noir charbon, si on s’en tenait à la génétique et à son ancienne coupe, mais Dame Nature n’en avait apparemment rien à quarrer de la génétique, ses splendides reflets ténèbres dont il était si fier avait disparu et laissé place à la lumière divine. Ou plutôt aux couleurs du Macdonald. Un jaune fluo flambait sur le dessus de son minuscule crâne, l’éblouissant. Il en était pétrifié de s’être vu affublé une couleur aussi tape à l’œil et aussi… Sable. Et il n’était pas au bout de ses peines, ce qu’il ne pouvait pas encore voir c’est qu’il avait acquis un sublime coup de blush sur chacune de ses joues, surlignant ses pommettes de volatile et lui donnant un air de Pokémon. Il serra ce qu’il pouvait juger être ses mains, ou plutôt le bout de ses ailes et poussa un piaillement puissant et aigu, furieux. Les autres en eurent quelques secondes les oreilles vrombissantes mais ne purent lui en vouloir, il avait bien raison d’être en colère.

    La plus furibonde dans l’histoire était Mélo. Considérée d’ordre général comme une chimère animale, elle était à la fois humaine et chat. Elle attirait bon nombre d’amateur de « Neko » et elle en était extrêmement fière. Mais ce qu’il venait de lui arriver allait plus en faire fuir qu’en attirer. Elle avait subi un changement total de son corps, une métamorphose inversée. Ses oreilles s’étaient rétractées, laissant place à deux oreilles humaines. Pareille pour sa queue, pouf ! Disparue ! Plus que ses fesses ! Ses moustaches étaient tombées, à son plus grand effroi, son museau était devenu nez et ses pattes s’étaient transformées en mains et pieds humains. Plus de coussinet, plus de griffe, juste d’affreux ongles et de longs doigts sans aucun poil. Enfin, tout était relatif, ses poils étaient réapparus autre part notamment sur tout le reste de son corps. Sa frimousse humaine en était totalement recouverte, ses avant-bras, jambes, hanches, torse, poitrine, cou, TOUT, sauf ses oreilles, son nez, ses mains et ses pieds. Elle était devenue un monstre, le yéti du coin, en pire. Elle s’écroula, une larme perlant au coin de son œil droit. Elle voulut se plaindre, mais lorsqu’elle s’entendit, elle poussa un cri de surprise : sa voix était devenue celle d’un chat. Elle ne pouvait plus communiquer avec les humains. Elle ne bougea plus, crispée, les membres raidit, en état de choc. Il lui fallait une pelote de laine, et vite.

    Puis moi. Je n’avais jamais vu le monde d’aussi haut. Devenir lama m’avait permis d’avoir une vue beaucoup plus panoramique. Ma tête était ridiculement surélevée et mes yeux grotesquement écartés, je pouvais voir mon derrière d’ici. Mon pelage était épais, dru et orange, je ressemblais à un lama citrouille, tout ce qu’il y avait de plus courant. Ma rangée de dents inférieures pendait lamentablement à tel point que j’en zozotais fortement. Fermer ma bouche n’avait jamais été aussi difficile, j’avais l’impression de revenir à la douce époque où j’avais un appareil dentaire. Mes vêtements étaient restés accrochés à mon corps et me serraient. Il offrait une délimitation de poil apparent aux endroits où je n’avais généralement pas de tissu. J’étais compressée et la citrouille sur mon T-shirt blanc rendait la situation encore plus absurde et grotesque, comme si on venait de me coller une étiquette « Blonde » sur le front. Je compris illico ce qu’avait enduré Kuzco : On devenait une autodérision à l’instant même où on devenait lama.

    Alors que nous étions tous en train de nous apitoyer sur notre sort (Tamalice s’étant rendue soudainement compte que sa poitrine avait disparu avait rejoint notre cercle du désespoir), une masse informe se mit à bouger depuis la poche du sweat de Jack. Elle grossit, s’agita, grossit encore et encore jusqu’à s’extirper avant que la poche ne s’arrache. C’était Quenotte, et l’augmentation de sa taille n’arrêtait pas de s’accentuer. Elle convulsait devant nos yeux ébahis et terrifiés à chaque poussée de croissance. Plus elle grandissait plus ses plumes se rétractaient, laissant place à une chair humaine pure et luisante. Son développement prit fin au bout d’une bonne minute, désormais nous n’avions plus un petit colibri devant nous mais une humaine presque nue et inconsciente. Sa chevelure était de plumes vertes et jaunes chatoyantes au soleil. Sa ressemblance avec la fée des dents était ahurissante, la seule chose qui les différenciait était la quantité de plumes sur leur corps. La Légende en était vêtue comme d’une robe, Quenotte n’en avait qu’en guise de sous-vêtements et de queue de volatile ce qui fit rougir furieusement Manchot Jack. Il en détourna les yeux, à notre plus grand damne à Mary-Sue et à moi. Parce qu’elle n’était pas moche en plus, la gouge ! Elle ouvrit ses yeux et s’étira gracieusement en baillant. Son regard passa d’une personne à une autre jusqu’à ce qu’elle repère ce qu’elle cherchait : Jack. Un large sourire s’étira sur son visage, elle se mit à quatre pattes et avança vers le manchot toujours retourné. Sans plus attendre, elle ouvrit grand ses bras et l’entoura, le soulevant d’une poigne plus que puissante. Quenotte baragouina quelque chose entre le piaillement et le langage humain tout en frottant sa joue contre celle du manchot mal à l’aise. Il tenta de se défaire de la poigne mortelle de son acolyte tout en jurant :

    « -Bordel, Quenotte, j’étouffe !

    -Ouais, et d-é-g-a-c-h-e tes chales pattes de Jack, et churtout ta poitrine, ch’est pas le moment des exhibichions, et churtout pas l’endroit, sifflais-je méchamment, perdant toute crédibilité à cause de ma dentition.

    -Merci vieux chnoque mais on avait déjà assez avec une chaudasse ambulante ! Hennissait Tamalice en direction de la porte fermée.

    -Parfaitement, jappa May avant de comprendre l’arrière-pensée. Heyyy !

    -Au moins elle s’est reconnue, ricana l’ânesse.

    -En attendant ce n’est pas moi qui ressemble à un vulgaire canasson qui pue !

    -Et moi à un ridicule rat poilu.

    -Ça suffiiit ! Intervint Pitch le cacatoès d’une voix plus chantante que menaçante. Ce n’est absolument pas le moment de se battre, utilisez plutôt votre énergie à rattraper ce vieux croulant qui vient de s’enfermer chez lui !

    -J’approuve l’idée, soupira le manchot après s’être dégagé de la poigne de fer de Quenotte. En plus je suis incapable de tenir ma crosse avec ces ridicules moignons.

    -Tu sais beau gosse, ce handicap ne retire pas ma proposition de tantôt… tu sais, le  f l o c o n… Susurra Mary-Sue en dandinant son popotin de chien. »

    Jack frissonna d’horreur tandis que j’envoyais valser le « rat » d’un coup de sabot bien placé. L’animal se redressa en grognant et s’apprêta à me sauter dessus. Il plongea en avant, tous crocs et griffes sortit et… Reçu un magnifique jet de salive de ma part, le refroidissant direct. Il tomba à la renverse sur le côté, les 4 fers tendus et ne bougea plus. Au moins, elle était calmée jusqu’à sa prochaine crise. Quenotte s’était quant à elle rapprochée et avait posé une main sur ma tête de lama, le regard remplis de gratitude. Un geste que je chassai en m’ébrouant, mal à l’aise. Pitch leva les yeux au ciel et s’avança au centre du cercle afin d’attirer toute notre attention.

    « -Bon, ça commence sérieusement à me gonfler tous ses problèmes/ Disputes/ Accidents que vous causez. Maintenant, on va faire à ma manière !

    -A ta manière ? Comment ça « à ta manière » ?! Se crispa Jack. Depuis quand c’est toi le chef ?

    -Depuis que vous êtes incapables de prendre de bonnes décisions ! On cherche un moyen de rentrer, non ? Moyennant quoi, avec vos idées à la con on se retrouve constamment dans des situations comme celles-ci ! (Il ouvrit grand ses ailes pour montrer l’état dans lequel on se trouvait) On se croirait dans une version hardcore des Musiciens de Brême! (Il désigna cette fois la chimère et pointa le harcèlement sexuel de May du bout du menton) »

    Mélo le foudroya du regard en feulant, ces poils encore plus hérissés que d’habitude. Elle n’aimait pas du tout la tournure que cette discussion prenait.

    « - Il n’a pas tort, gloussais-je en même temps que Tamalice. Il faut avouer que tu rechembles à un Yéti.

    -C’est bon, je crois qu’on a compris, s’irrita la concernée, les bras croisés, finalement décidée à ne pas commettre d’autres massacres en plus de ceux qui se déroulaient autour d’eux.

    -Bon, on fait quoi du coup ? S’impatienta Tamalice, le sabot frappant régulièrement contre la pierre meublant le sol.

    -Je vous propose qu’on aille casser la gueule à ce vieux détritus puis qu’on lui demande un remède à… ça, souligna Pitch en montrant nos nouvelles apparences.

    -Ooou, on trouve un autre mage plus chympathique que chelui-chi qui pourrait nous aider, proposais-je en bonne pacifique que je suis.

    -Je préfère ma proposition.

    -Je suis le maître des cauchemars quoi qu’il arrive, appuya l’âne en se rapprochant discrètement du cacatoès.

    -Euhm… Je suis d’accord avec le fait que ce vieux a sérieusement manqué de coups de pieds aux fesses mais je ne vois pas vraiment ce qu’on va pouvoir faire dans cet état-là, fit remarquer le manchot en mettant en avant ses ailes, décidemment traumatisé par la disparition de ses doigts.

    -Je préviens, il est hors de question que je morde le derrière de quiconque ! Grogna le chihuahua en se redressant. Et surtout pas celui de ce vieux croulant.

    -Moi je lui saute dessus quand vous voulez, miaula diaboliquement Mélo.

    -Bon, che propose un vote, qui préfère la baston ?

    (3 pattes se levèrent, une aile, un sabot et une main parfaitement manucurée.)

    -Et qui chouhaite viser une approche plus pachifique ?

    (3 autres pattes se dressèrent, une autre aile, une patte de chien vernie et un autre sabot.)

    -… »

    On se regarda tous une longue minute dans un silence avant que May daigne briser ce silence d’une remarque acerbe.

    « -On ira pas bien loin avec ton vote à la con ! T’es pas blonde pour rien, ma parole, on est nombre pair, ce genre de situation allait forcément arriver !

    -Ben chi t’as une meilleure idée fais-moi chigne, au moins ch’echaye de trouver une cholution ! Crachais-je littéralement.

    -Ouais eh bien des idées dans ce genre on peut s’en passer sans problème !

    -Euh… Je ne voudrais pas vous interrompre dans votre débat plus qu’intéressant mais maintenant que Quenotte est à demi-humaine… Elle peut peut-être participer au vote, non ? Proposa le beau gosse. »

    Second silence. Les regards se tournèrent tous vers la fée, allongée par terre en train de triturer ses nouvelles mèches d’un regard plus qu’idiot. Elle reporta son attention sur notre petit groupe qui la regardait avec insistance et en lâcha sa mèche. Elle prit une mine sérieuse, s’assit et commença son discours :

    « -Je… n’ai pas… auditionné?

    (3ème silence. Des sourcils animaux se froncèrent en parfaite synchronie.)

    -Qu’est-ce qu’elle a dit ? Demanda Mélo.

    -Auditionné…?

    -Punaise, on lui offre une bouche humaine et elle est même pas foutue de l’utiliser correctement, grogna le chihuahua.

    -A-t-on vraiment besoin de son vote ?

    -Attendez, si on essaye de décrypter ce qu’elle dit… Voyons… Auditionné… (Jack se tourna vers Quenotte.) Participé ?

    (Elle secoua la tête négativement.)

    -Tenter sa chance ?

    (Elle secoua encore une fois la tête.)

    -Echayer ?

    (Toujours non.)

    -Mais auditionné… Il y a audition dedans… Voulait-elle dire qu’elle n’a pas entendu ? »

    Quenotte s’agita, fit un sourire bizarre et secoua ses mains, montrant que c’était « cousi cousa » ça. Tamalice se dressa, fière de sa traduction.

    « -Je suis TROP forte.

    -Wow, wow, descend de ton piédestal, miss Monde, c’est moi la reine ici.

    -Il faut croire que ton cerveau à trop tourné au ralenti, il a dû se  fos-si-li-ser.

    (Pitch les ignora et continua.)

    -Bon, répétons parce qu’apparemment on a que ça à faire… S’irrita-t-il. Soit tu veux aller tabasser cet homme soit tu veux trouver une autre solution. Que choisis-tu ? »

    Quenotte hésita un moment, son index sur son menton avant de se tourner vers Jack et se coller à lui. Elle le montra du doigt en piaillant de joie.

    « -Che crois qu’elle rejoindra le camp de Jack quoique vous fachiez, grommelais-je. Pourquoi cha ne m’étonne même pas ?

    -Pourquoi tu te plains, c’était ton idée, signala l’âne.

    -Parce que che ne l’aime pas, marmonnais-je encore en fixant méchamment la fée (toujours à moitié à poils) collée à Jack. »

    La fée se redressa, lâcha manchot Jack brusquement et se dressa devant moi de façon imposante. Son regard était assassin et les plumes sur sa poitrine manquaient de me faire éternuer tellement elles étaient proche de mon museau. Elle pointa son index devant moi et me l’écrasa contre le nez.

    « -Si crois tu que… Je… Je te aime, tu trompes toi ! Tu es… odieuse !

    -Pardon ? Moi, odieuse ?! (La méchante Mayumi me chatouilla l’intérieur, ne demandant qu’à sortir et exploser.) Habille-toi d’abord avant de me dire cha, Clochette l’exhibitionnichte !

    -je ne me… désigne pas Clochette, c’est Quenotte ! Cria-t-elle, ses plumes soudainement dressées au-dessus de sa tête.

    -ch’est une exprechion, fée débile ! Et puis qu’importe ton nom, tu n’es qu’un larbin de la vraie fée des dents après tout, ricanais-je en haussant mes épaules de lama.

    -Euh… Les filles, on se calme, s’il vous plait… Demanda Jack, un peu mal à l’aise.

    -Toi, tais-toi ! Nous hurlons en parfaite synchronie.

    -Bien, bien, je vais… (Il montra un coin parfaitement opposé au lieu de bataille) aller là-bas…

    -Un larbin…Un larbin ?! Vais-je te montrer si moi un larbin je suis ! »

    Et elle me sauta dessus, toutes griffes sorties. La dark Mayumi en profita pour s’évader et répondre à ses coups sous les cris d’encouragement de Tamalice. Pitch pestait derrière qu’on s’écarte une fois de plus de notre quête et hésitait à nous sauter dessus aussi, mais il s’en voulu d’une idée aussi idiote lorsqu’il reçut un puissant coup de pied perdu de Quenotte en se rapprochant. Voltigeant 2 mètres plus loin, il se redressa brusquement bien qu’encore un peu sonné. Ses joues prirent une couleur pourpre, signe de colère, ses plumes se dressèrent sur son crâne et ses griffes se plantèrent dans le sol. Soudainement, il s’envola et fonça en piquet vers la dispute. Il atteint une cible au hasard et fut embarqué dans la bagarre, piaillant à tout rompre, piquant à tout rompre. Mélo avait rejoint Tamalice et hurlait à son tour des cris de guerre. Mais Tamalice s’arrêta immédiatement lorsqu’elle vit son cher et tendre croquemitaine se prendre un violent coup de pied. Elle vit rouge et sauta à son tour dans le tas, suivit de peu par Pitch. Dans un hennissement macabre, elle annonça sa venue et entreprit de faire pleuvoir les coups, espérant ne pas toucher le maître des cauchemars. Mélo en perdit la voix un instant avant de miauler de joie et de hurler encore plus fort des chants guerriers en langage chat. Mary-Sue aboyait quant à elle à tout rompre contre nous, ne sachant pas vraiment qui supporter.

    Les coups de la fée hystérique pleuvaient, coups de poing, pieds, tête, coudes, genoux. Elle arrachait tout ce qui pouvait être arraché, poils, tissu et… poils. Tout était sujet à faire mal, bien qu’elle soit encore maladroite dans ses mouvements. De mon côté, j’usais de mes sabots, désormais à terre avec une furie sur le ventre, lui infligeant maintes et maintes fois des coups dans la figure. Alors qu’elle réussit finalement à m’immobiliser les 4 fers, je lui aspergeais à son tour toute ma salive sur son jolie minois comme un lama digne de ce nom. Elle réprima un cri de dégout pur et s’essuya d’un revers de coude bave et sang sur son visage avant de piailler de douleur. Pitch avait rejoint la partie, il piqua de son bec son dos, piquait mes cuisses, piquait tout ce qu’il voyait en hurlant d’arrêter cette mascarade. Tamalice fut la deuxième à se jeter dans le tas, elle fonça comme un bélier et souleva d’un coup Quenotte, la faisant valdinguer un peu plus loin et plus précisément sur May qui glapit, tel le pauvre chihuahua écrasé qu’elle était. Couinant sous l’humaine beaucoup trop lourde pour elle, elle n’hésita pas à lui mordre le derrière, brisant sa règle qu’elle venait tout juste d’instaurer. Les cris d’animaux que nous poussions résonnaient à plusieurs mètres, cachant inconsciemment ceux des habitants toujours attaqués par les dragons. La guerre faisait rage à la fois ailleurs et dans notre groupe et c’était dans les deux cas de notre faute.

    La violente bataille que nous menions entre nous ne s’arrêtait pas. Nous laissions échapper toute notre frustration à travers cette dispute, ou du moins tous ceux participants à la bagarre. Jack était toujours caché dans un coin, complètement affligé et lassé. Quant à Mélo, elle continuait ses chants, attirant encore plus l’attention des habitants de la ville qui se rapprochaient désormais de notre groupe. Le pas silencieux et aux aguets, nous ne les avions absolument pas entendu arriver. Il faut dire que nous faisions plus de bruit qu’une fanfare à elle toute seule avec nos aboiements, miaulements, hennissements et piaillements. On aurait pu dire que la bassecour entière s’était réunie devant la vieille enceigne du sage de la ville. Ce fut finalement le manchot qui remarqua du mouvement à sa droite mais ce fut trop tard, un troupeau de grands gaillards lui sauta dessus et l’enferma dans un sac à patates. Les cris de Jack attirèrent notre attention, nous stoppant dans notre combat. Plumes, poils, tissu retombèrent dans un silence de plomb, les griffes et les dents se rétractèrent, les cris cessèrent, seule une lutte de regards subsista entre notre groupe et celui des agresseurs de Jack. Puis Quenotte se releva en voyant son maître entre les mains de ces inconnus, furibonde. Elle pointa d’un doigt menaçant ces assaillants qui la regardèrent de haut en bas. Ils devaient certainement trouver sa tenue cocasse, en plus d’être à demi-nue elle était couverte de morsures, balafres, sang et bleus. Ses quelques plumes qui lui restaient étaient complètement emmêlées et en pagaille. Finalement elle cracha un morceau de mon t-shirt et ouvrit la bouche,  au plus grand damne de notre troupe.

    « -Débandez-le ! Cria-t-elle. »

    Un long silence reprit, juste accompagné de deux trois cris en fond, des victimes de dragons certainement. Puis une explosion de fous rires et de rougissements.

    « -Débandez-le, quelle a dit ! S’esclaffa Mélo.

    -Je ne crois pas qu’il ait vraiment envie de se faire astiquer la nouille maintenant, ma chère Quenotte, rigola Tamalice avec son nouveau rire d’âne asthmatique.

    -Et surtout que j’étais la première sur la liste ! Qu’ils fassent la queue, chacun son tour ! Souligna Mary-Sue, un semblant de malice dans le regard.

    -Mon Dieu... Soupirais-je, gênée. Chi même elle, elle ch’y met…

    -J’abandonne, votre bêtise est plus forte que tout. Vous avez gagné, je baisse les armes ! Souffla Pitch, la tête entre les ailes, affligé.

    -Ben quoi ? S’énerva finalement Quenotte, les mains sur les hanches. »

    La scène suivante fut cependant nettement moins joyeuse. Sans crier garde, alors que nous étions tous pliés en deux et salement amochés pour nous relever, nous ne vîmes pas les agresseurs de Jack contourner la pseudo fée et foncer sur nous. De la même manière que ce qu’ils venaient de faire avec le manchot, ils nous attrapèrent, nous immobilisèrent avant de nous jeter dans le même sac que la Légende. Dans un tintamarre digne d’un cirque, nous nous agitions et hurlions depuis l’intérieur de notre prison avant d’être rejoint quelques minutes plus tard par Mélo qui venait certainement de se faire laminer par nos attaquants avant d’être jetée là-dedans.

    Les minutes passèrent, nous n’étions pas arrivés à percer ce sac. Désormais nous étions plutôt en train de lutter pour ne pas nous écraser les uns les autres ou pour ne pas vomir tellement nous étions ballottés dans tous les sens. Enfin… Le dernier effort me concernait plus que les autres. Finalement le sac s’écrasa violemment contre le sol, nous faisant lâcher une ribambelle de jurons animaux. De l’agitation se fit autour de nous avant qu’on nous délivre enfin. La lumière s’immisça à l’intérieur du sac, nous incitant à sortir. Mélo sortit la première en feulant, très en colère d’avoir été traitée comme un monstre. Tamalice se redressa, faisant craquer tous ses os avant de remarquer que sa ceinture s’était rompue dans la bagarre. Elle fut suivit par moi, le teint pâle, maladif, prête à vomir sur quiconque ne secouait ne serait-ce qu’un de mes poils. Mes vêtements n’étaient que lambeaux, arrachés par Quenotte la furie. Pitch, perché sur le dessus du crâne de l’âne s’ébroua afin de remettre de l’ordre dans son plumage. Quant à Jack et May, ils tentaient de reprendre forme animale tellement ils avaient été écrasés sous notre poids. Notre plan aurait été de nous enfuir à toutes pattes à l’instant même où on nous ouvrait ce stupide sac, mais ce dont nous fîmes face nous en empêcha. Les habitants les plus baraqués s’étaient regroupés autour de nous, nous menaçant avec épées, haches, baguettes soit tout ce qui pouvait nuire à notre vie ou santé. Au-dessus de nos têtes, des dragons volants tels de vautours, à l’affut d’un quelconque signal leur permettant de plonger vers nous afin de nous dévorer vivants. Une faille dans le regroupement de nos agresseurs ? Aucune. Une formule magique contre les dragons dévoreurs d’êtres vivants? Pas une seule en tête. Une solution ? Tenter le tout pour le tout : négocier.


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