• Alors que je m’arrachais l’intérieur des joues pour ne pas rire, ce que je vis me fit l’effet d’une douche froide. Jack, courant, lui et son derrière rebondi, vers…Mary. Je fis volte face pour harceler Tama.

    « -Il fait quoi, là ?! Hurlais-je en la secouant.

    -Je pense qu’il va la sauver. Bordel, j’aurais préféré qu’elle cuise moi, s’énervait « l’elfe ». Maintenant, on va avoir deux morts au lieu d’un.

    -Hein ?! »

    Je me retournais et vis à mon plus grand malheur, Jack, sous un tas d’aborigènes. Le jeune homme avait tenté de givrer tout ces chauds lapins avec son arme ultime, mais un détail lui avait échappé : il n’avait plus de pouvoir. Il se retrouvait donc enseveli et maintenant un futur repas accroché telle une brochette au dessus d'un grill. Mon cri mit un instant avant de passer la frontière de mes lèvres. Paniquée, je me mis à remuer mes cheveux en quête d’une idée lumineuse pour le sortir de là. Chose difficile pour mon intellect peu développé. Puis un faible espoir surgit, je fixais Tamalice, assise près de Pitch, mangeant tout les deux des graines semblables à des popcorns trouvées sur le sol. Les voyant si peu concerné, j’eus envie de pleurer. Seule la petite Quenotte, si silencieuse depuis le début, paniquait autant que moi. Elle voletait autour de moi dans un bourdonnement agaçant et ses petits couinements m'irritaient au plus au point. Elle m’empêchait de réfléchir, déjà que la tache n'était pas simple... Elle s'activa devant mon nez, essayant de communiquer comme elle pouvait avec moi. Mais je ne l'aimais pas. Jalouse à souhait du fait qu'elle soit toujours auprès de Jack, je ne la voyais pas en tableau. Je plissais donc des yeux et lui soufflais dessus, avec comme seule idée, l’éjecter de mon champ de vision. La petite fée fut envoyée au loin grâce à la soudaine bourrasque. Je réprimais un sourire diabolique devant cette petite chose qui fut ballottée par le « cyclone » et retournais à mon dilemme principal.

    « -Oohh ! J’aime beaucoup cette position, commenta le croquemitaine en regardant Jack suspendu comme un cochon. Dire que j’ai toujours rêvé de voir Jack ainsi, mon rêve se réalise enfin !

    -Je n’ai jamais assisté à une exécution, ça va être fun ! S’amusa mon amie en tapant des mains.

    -Mais-mais, il faut l’aider ! Hurlais-je en gardant un œil sur l’affreuse scène.

    -Mmmhh…je n’ai pas envie, souris bêtement Tama.

    -Et moi encore moins. Tu n’as cas le faire, toi, si tu tiens tant que ça à lui. »

    Je réfléchis une demi-seconde. Mais le petit oiseau aux milles couleurs revint à la charge avec ses piaillements plus forts que jamais. Son petit tour involontaire dans les airs ne lui avait apparemment pas plus. Elle me picora le dessus de la tête et vint s'agiter devant mon nez encore une fois. Énervée, je la poussais d'un geste de la main. Cependant elle ne lâcha pas l'affaire et fut de retour plus vite que je ne le voulais. La voir faisait monter en moi toute la jalousie que j'avais dans mon petit corps, cette jalousie profonde prit possession de moi et la black Mayu entra en action. Elle l'attrapa et lui planta le bec dans une des graines des deux idiots. Quenotte, ayant désormais un poids trop important à l'avant de son petit corps, ne pouvait plus voler ni l'ouvrir. Soulagée, je pus enfin reprendre mon calme, redevenir moi-même et répondre au croquemitaine.

    « -Tu as raison ! »

    Et après avoir récupéré la fée paralysée pour je ne sais qu’elle raison et l’avoir fourré dans ma poche, je couru en direction des indiens, enfin, je pensais le faire. J'avais peur. Mes jambes n’étaient apparemment pas d’accord, je faisais du reculons. Il faut dire que ce n’était pas une question de sauver Jack ou pas, ce n’était d’approcher ces aborigènes. J’en avais froid dans le dos rien que de les regarder.

    « -J’y arrive pas, miaulais-je désespérée.

    -C’est que tu ne dois pas tenir à lui plus que ça alors, dit Pitch sans lâcher la scène des yeux. »

    Si j’avais été dans un manga, je serais représentée avec une flèche dans le cœur, ou un couteau dans la tête. Mais n’étant pas dans un bouquin, j’avais juste perdu ma fierté ET ma notoriété. Je tombais sur le sol, prête à faire mon spectacle. Du bout de mon doigt, je dessinais en pleurnichant sur le sort de mon âme sœur. Que pouvais-je faire, toute seule ? Pas grand chose, si ce n'est de me faire attraper moi aussi. Mais ma positivité attitude monta en moi et j'envisageais le meilleur qu'il puisse m'arriver. Imaginons que je parte à sa rescousse, je le décroche. Il me regarderait, je le regarderais, il m’attraperait soudainement par la nuque et me projetterait en arrière tout en me tenant, telle une pose célèbre du tango. Une de mes jambes en l’air, il serait au dessus de moi et sa main toucherait mon dos, ses cheveux me chatouilleraient le visage, ses grands yeux me fixeraient en papillonnant, et il me soufflerait, des étoiles pleins les yeux :

    « -Merci belle créature à la chevelure orangée. »

    Il rapprocherait son visage, tendrait ses lèvres et…

    Plic, ploc. Ma pensé dépassait ma pureté. Je baissais des yeux et vis du sang maculer le sol poussiéreux. Je saignais du nez. Je vis sur le coup trouble.

    « -Arf, me plaignais-je. On dirait une obsédée, à saigner du nez comme ça ! Je suis dégoûtante ! »

    Je m’essuyais sans regarder à coup de revers de bras. Si je continuais à observer ce ruisseau vivant sortir de ma narine droite, j’allais directement rejoindre le royaume des rêves. Car j'avais la phobie du sang, joie et bonheur.

    « -Oh, ils allument le bûcher, raconta Pitch. »

    Un frisson d’horreur me parcouru, il fallait que j’agisse ! Je me relevais et sprintais sans réfléchir vers le village.

     * * *

    Ah que j’étais heureux, depuis que j’étais sur cette île, tout ce passait pour le mieux. La nature était contre Jack, une folle à la coiffure citrouillante le harcelait et maintenant il allait ce faire manger par des idiots d’aborigènes. Je soupirais de joie tout en avalant une de ces graines étrangement bonnes à côté de Tamalice, ma stalkeuse attitrée. J’avoue qu’elle ne me plaisait pas trop, mais du moment qu’elle restait calme dans son coin, je ne voyais aucun inconvénient à ce qu’elle soit près de moi. Enfin…

    La journée n’avait pas l’air si plaisante pour la petite jeune fille plus loin, qui paraissait dramatiser un peu trop les choses. A moitié couchée par terre, elle faisait semblant de pleurer. Je l’examinais avec pitié. Pauvre chose. Tant de tristesse dans un si petit corps. J'eus un petit rictus. J'adorais voir les gens si désespérés. Elle griffonnait du bout de ses ongles rongés dans le sable, le regard dans le vague lorsqu’elle se mit à ricaner seule tout en continuant à gribouiller, un sourire pervers au visage. Vraiment, les jeunes filles étaient toute aussi givrées de nos jours ?! Elle revint à elle, le nez en sang. Elle paraissait s'en vouloir. Pourtant, elle n'avait rien à se reprocher. C'est alors que j'eus envie de l'embêter un peu en rajoutant un détail.

    - « oh, ils allument le bûcher, mentis-je. »

    Elle se releva brutalement en entendant et sans vérifier, elle couru vers la prison de mon ennemi. Sa petite taille n’aidait pas, elle courait aussi lentement qu’une tortue. Sa démarche maladroite faillit la faire tomber plus d'une fois. Je me moquais un instant tellement la scène était ridicule et que j'étais méchant. Le divertissement était tel qu’inconsciemment, je tendis la main en quête des graines blanches. Ma main entra en contact avec celle de Tamalice. Je la toisai du coin de l’œil, elle me souriait, des graines plein les dents. Que le diable m’emporte et m’éloigne d’elle, elle a une idée derrière la tête! Son postérieur se rapprochait de moi et, collée à ma droite, elle me tendait un popcorn.

    « -Dit « aaahhh », minauda la gamine. »

    Je mis une fraction de seconde à réfléchir à comment j’allais la repousser. J’optais pour la virer dans le buisson face à nous à coup de savates, c’était la technique la plus simple, la moins fatigante et la moins salissante. Lui poussant le visage dans le buisson avec mon pied, je voyais une expression de béatitude sur ses lèvres. Dégoûté, je renvoyais mon attention sur la blonde. En deux minutes, elle avait fait 30 mètres en courant. Elle ne lâchait pourtant pas l'affaire et continuait, les petites silhouettes derrière elle non plus d'ailleurs. Car d'étranges dessins en forme de citrouille et à la texture de la terre gesticulaient. Ils étaient hauts comme une pomme. Je reconnu les dessins qu'elle traçait dans le sol peu de temps avant. Alors cette jeune fille avait le pouvoir de matérialiser ses œuvres et de les faire vivre... Je pourrais facilement en tirer profit de son pouvoir. Je souris et réfléchi un instant. Si cette idiote pouvait faire vivre tout ce qu'elle marquait...Elle pourrait peut être écrire la formule pour me rendre mes pouvoirs! Étant donné qu'elle pouvait faire exister n'importe quoi, le fait de la tracer la ré-actionnerait...Il ne restait donc plus qu'à trouver un moyen pour lui obliger...Finalement, cette gamine n'était pas si inutile que ça...Je repris mes réflexions, à la recherche d'un moyen de pression. Seulement, j'imaginais très bien la personnalité de cette citrouille. Un peu trop écervelée, je savais qu'elle ne se rendrait même pas compte que je la menace. Bref, elle ne me rendrait pas la tache facile...Et si...

    Arrivée à la hauteur des aborigènes, qui eux l'avaient remarqués depuis un moment et l'attendaient, elle poussa un cri de guerre et décrocha la mâchoire du premier venu avec son pied. Son point entra malencontreusement en collision avec le nez d'un autre, faisant voltiger l'os tantôt planté dans ses narines. Elle lança un pardon aux malheureux et continua de se frayer un chemin vers les deux prisonniers. Mais le nombre fit vite la différence et elle se retrouva de suite encerclée. Je retirais mon pied de la face de Tamalice et me dirigeait vers la scène de massacre.

    « -Où tu vas? demanda l'elfe en se relevant et en essuyant la bave qui coulait le long de son menton.

    -Je vais l'aider. (Je regardais les sauvages se mettre à danser bizarrement)

    -Jack?!

    -Pas vraiment...

    -Mais je croyais que tu ne voulais pas intervenir!

    -J'ai changé d'avis. Si cette petite meurt, mon plan échoue. Et se serait fâcheux. »

    La fille aux cheveux roses se redressa en entendant mes propos et fit une mine dégoûtée. Elle marmonna derrière moi sans pour autant s'arrêter de me suivre. Je ricanais de ma méchanceté et continuais mon avancée vers les aborigènes, qui désormais me fixaient.

    * * *

    J'étais encerclée. Tous me regardaient en bavant. J'imaginais déjà ce qu'ils envisageaient me concernant. Me rajouter dans leur bouillon à la Jack, Mary sue et moi maintenant.

    « -N'approchez pas, bande...d'affreux ! « 

    Alors que je brandissais mon maigre poing, j'en vis certains se mettre à sautiller en hurlant. Je me demandais ce qu'il se passait quand je vis, à ma plus grande surprise, mes créations de tout à l'heure. Deux d'entre elles me grimpaient dessus, l'une se posa sur mon épaule tandis que l'autre sur ma tête et trois autres mordaient sauvagement les pieds des indigènes. La citrouille près de mon oreille entama la conversation.

    « -Balotcha kaupti reine ! (elle câlina mon oreille)

    -... »

    Sur le coup, je ne savais que dire. C'était tellement irréel que même moi, je n'y croyais pas. Mais c'était bien vrai, mes dessins avaient prit vie, et parlaient ! Enfin, parlaient…vite dit, disons que je comprenais un mot sur trois. Je les regardais plus en détails.

    « -Trop mignons ! Criais-je.

    La tribu entière sursauta. Je pensais au départ que c'était à cause de mon cri, mais ils se retournèrent tous et regardèrent avec insistance quelque chose. J'étais malheureusement trop petite, et je ne voyais pas. J'en profitais donc pour m'extirper du cercle et courir vers l'homme que j'aime se trouvant saucissonné à un poteau. Arrivée à ses pieds, je fantasmais encore une fois sur la récompense que j'allais certainement avoir de sa part.

    « -Jack, je suis là, tout va bien ! Dis-je en déligotant ses jambes.

    -Mais magne-toi de venir me détacher, sac à limaces! Siffla Mary-Sue. »

    J'allais répliquer lorsque j'entendis Jack s’inquiéter :

    « -Euh...Mayumi...feu !

    -Hein ?

    -AAAAHHH !!!! Beugla la harpie sans cervelle.

    -Y A LE FEU !!! Hurla le beau gosse. »

    Je me retournais. Une de mes créations venait de faire tomber l'une des torches disposée près du bûcher SUR le bûcher. Son petit « oups, bêtise… » venait de signer notre arrêt de mort. Paniquée, je demandais à la petite créature sur ma tête de détacher les bras de Jack, étant trop petite.

    « - Sauvez-moi !! cria la peste. »

    J'ignorais sa demande et pressais mon dessin. Mes autres inventions, aussi bêtes que moi, tentaient vainement d'éteindre les flammes en soufflant dessus, accentuant le feu. Elles arrivaient désormais à ma hauteur et entamait les deux piliers des prisonniers et mon pantalon.

    « -Ouach ! Chaud, chaud ! Braillais-je avant de me prendre Jack. »

    Il se releva sans prendre la peine de s'excuser, tout les sens en alerte. Je me remettais debout en frottant ma cuisse brûlée et lui prit la main, le tirant vers une « sortie ».

    « -Dépêchons nous de partir avant qu'il ne soit trop tard ! M'époumonais-je en voyant qu'il se dirigeait vers Mary. »

    Il se dégagea, me souleva et m'envoya en l'air. Je poussais un glapissement en apercevant les flammes passer juste en dessous de moi et atterris les fesses dans l'herbe sèche, juste derrière la barrière de feu. L'émotion fut trop forte, je m'évanouis.

    * * *

    J'étais devant les sauvages. Ils m'observaient tous sans bruit. Et alors que j'allais me diriger vers la blonde, elle se faufila entre eux et partis en direction du givré. Je claquais de la langue, irrité.

    « -Pitch...j'aime pas leur regard...

    -Ne t'occupe pas d'eux. Contente-toi de me suivre. »

    J'allais contourner la troupe lorsque leur chef me fit face.

    « -Golonga kami gogotka ! Sortit-il avant de s'incliner. »

    Les autres aborigènes suivirent leur chef et s'inclinèrent à leur tour. Je soulevais le sourcil, intrigué par ce rituel.

    « -Je crois qu'ils te prennent pour leur dieu, souffla Tamalice.

    -Je vois ça. Enfin des gens qui m’apprécient à ma juste valeur ! »

    L'elfe frissonna en entendant mes paroles, des cœurs pleins les yeux, quand j'entendis hurler. Je dirigeais mon regard en direction du cri et vit le feu gagner la troupe d'idiots un peu plus loin. Mon champ de vision était limité, le brasier m’empêchait de voir toute la scène, je ne pouvais apercevoir que les colonnes de bois qui maintenaient Jack et une brune prisonniers. La petite blonde avait envenimé les choses plus qu'elle ne devait les atténuer. Je soupirais et contournais le chef pour me diriger vers eux. Je vis la légende tomber de son pilier, apparemment libéré par Mayumi puis la blonde voler par je ne sais quel miracle au dessus du feu. Tamalice se précipita vers son amie.

    « - Mayu, réveille-toi ! Il faut que tu voies ce que tu as fait ! Bravo ! Sacrifier son âme sœur dans le but de faire disparaître une hyène pareille, je t'adore ! »

    L'elfe secouait la jeune fille évanouie comme un pruneau. Mais sa remarque me fit sourire. Alors comme ça, Jack était toujours là dedans ? Bien, très bien même ! Cette petite citrouille gagnait de mon estime ! 

    « -il faut y aller, signalais-je. »

    Tamalice hocha de la tête et tenta de porter l'évanouie. Mais celle ci, bien que robuste, n'y parvint pas. Je savais très bien que j'allais devoir me coltiner la blonde sur le dos, mais lorsque Tamalice le compris, elle s'interposa.

    « -Ah non! Ça suffit le favoritisme! Ou on la laisse là ou tu me portes avec elle!

    -Mais tu n'as pas bientôt fini ton caprice? Nous n'avons pas le temps de discuter de choses aussi futiles. Et puis je fais ce que je veux, miss.

    -Oh si! J’ai tout mon temps! (elle s’assit sur le corps de l'endormie et croisa les bras) crois-moi, je ne partirais pas d'ici tant que je n'aurais pas ce que je veux.

    -Tu es ridicule, allez, pousse toi! (mon bras partis tout seul dans sa direction) »

    Elle esquiva mon revers et grognant tandis que le feu commençait à atteindre mes chaussures.

    « -J'ai dit, que je ne bougerais pas. »

    Je la fusillais du regard. Si la blonde n'avait pas été sous sa copine, je serais certainement parti. Mais elle était là, et sans elle, pas de pouvoir, plus de plan. Bref, je resterais toute l'éternité parmi ces imbéciles de sauvages. Ce futur là, ne m'attirant pas vraiment, je mettais ma fierté de côté et souleva l'elfe. D'un petit mouvement sec, je la calais sous mon épaule tandis qu'avec l'autre bras je plaçais la blonde sur mes épaules, comme on porte un enfant. Une grimace titillait mon visage; moi, Pitch, était désormais résolu à ce ridicule. Etais-je vraiment désespéré pour tenter quelque chose de la sorte? Il fallait croire que oui, il faut dire, je préférais largement endurer ceci quelques minutes plutôt que Jack et ces deux filles toute l'éternité. Surtout Jack. Mais maintenant qu'il n'est plus...

    Je commençais à courir en direction de la forêt, le plus loin possible du feu et des aborigènes. Redressant parfois Mayumi, toujours inconsciente, qui glissait de mes épaules le tout en bavant sur ma cape sans compter la jeune elfe aux cheveux roses qui gloussait sous mon bras. Mais c’est avant que je ne puisse soupirer d’énervement que la blonde se réveilla en sursautant.

    « -Je suis vivante ?!

    -Absolument, lâchais-je.

    -Si je pouvais, j’arrêterais le temps et repasserais en boucle ce moment, bredouilla amoureusement Tamalice. »

    La citrouille gigota pour analyser la situation. Elle jeta un coup d’œil à son amie qui gazouillait sous puis regarda en arrière.

    « Nous sommes suivis, fit-elle remarquer en voyant les sauvages à nos trousses.»

    Comme un avertissement, en entendant ces paroles, mon instinct fut en éveil et j’évitais d’un poil une flèche qui aurait dû me transpercer l’arrière de ma tête et ressortir entre mes deux yeux. Ma fuite redoubla tandis que la blonde s’agitait plus que prévu. Je grognai et jeta un coup d’œil à celle bougeait comme un asticot. Elle regardait mes cheveux…Bizarrement. Un petit hoquet sortie de sa bouche et j’avais l’intuition qu’elle pensait à quelque chose qui n’allait pas me plaire. Et sans me laisser le temps de dire quoi que ce soit, de l’avertir, elle appuya sur mon crâne de toutes ses forces, me faisant rentrer la tête entre les épaules d’un craquement, le tout en gloussant fortement :

    « -Champignon ! »

    J’eu un moment de haine intense. Si j’avais eu mes pouvoirs, elle serait morte décapitée depuis longtemps. Pas qu’elle d’ailleurs, tout ce qui m’entourait même à plus de 10 mètres. Et c’est avec cette colère immense que j’attrapais une lance en plein vol alors que son but était de créer un nouvel orifice à mon corps et la renvoyait à son destinataire qui la reçu avec une certaine antipathie. Ce genre d’humour (que s’en soit ou pas d’ailleurs) ne m’avait jamais fait rire, si on mettait de coté mon caractère peut jovial et rieur, évidemment.

    Puis des bruits différents de ceux que laissaient entendre les sauvages. Un toussotement, un gémissement et une voix familière jurant. La blonde tressaillit.

    « -Jack ! Hurla-t-elle comme si elle avait été un chien de garde dans une vie antérieure. Et…Mary Sue… »

    Car oui, la personne ayant lâchée ce juron quelques secondes auparavant n’était autre que Jack Frost le miraculé, le soit disant mort d’il y a 5 minutes. Celui qui ne m’avait absolument pas manqué. D’un pas héroïque, il nous rattrapa alors qu’il était apparu soudainement d’entre des arbres, avec, dans ses bras, la jeune fille prisonnière à ses cotés quelques temps plus tôt, évanouie. Sans le vouloir, Mayumi claqua de la langue, irritée, alors que Tamalice jouissait de l’instant présent entre mon bras en soupirant d’extase. De mon côté j’aurais bien aimé achever le frizzer rescapé en bonne et due forme maintenant si je n’avais pas eu deux poids de trop sur moi. Je risquais de craquer vite si les retournements de situations s’accentuaient…

    ***

    « -Jack ! Et…Mary Sue… »

    Alors que j’avais toujours cru en sa survie depuis qu’il avait disparu dans les flammes, je regrettais un quart de seconde d’avoir tenté de le sauver en voyant la pimbêche dans ses bras. Je sentais la jalousie monter en moi et la black Mayu me chatouiller l’avant bras, m’incitant à laisser ma colère prendre le dessus. Je la chassais d’un mouvement de poignet. Quand bien même j’aurais voulu qu’elle périsse, jamais je n’aurais voulu voir Jack mourir une seconde fois, j’avais suffisamment pleuré lorsque j’avais vu sa mort dans un lac gelé, alors très peu pour moi… Black s’enfouit dans un coin de ma tête en grommelant, me laissant réfléchir à mon aise sur comment en finir avec l’abominable peste. Et si je balançais maintenant la bombe à retardement nommée Quenotte, elle irait lui crever les yeux et lui arracher mèches après mèches. Cependant je ne pouvais pas anticiper à 100% ses mouvements, elle pouvait très bien se retourner contre moi étant donné qu’elle était écrasée dans ma poche comme une vulgaire babiole. Finalement, je préférais le faire moi-même en temps voulu, de plus, je suis sûre que Tamalice consentira à m’aider !

    Nous slalomions toujours entre les arbres, nous enfonçant toujours un peu plus dans la forêt. Les aborigènes étaient plutôt bornés, ils ne nous lâchaient pas d’un poil et continuaient de nous courir après. Un silence pensant rempli de stress nous écrasait alors que la harpie se réveillait.

    « -Comment se fait-il qu’on ne m’ai pas déjà apporté mon petit déjeuné ?! Et j’exige que vous arrêtiez de faire trembler mon lit, bande de serviteurs inutiles, serait-ce un acte de rébellion ?! »

    Elle ouvrit les yeux et regarda, horrifiée, son entourage.

    « -Je n’arrive pas à croire que la première chose que je vois en me réveillant est le pet de moule et la loutre analphabète.

    -Elle a toujours le mot pour faire rire la putassière, répliqua Tamalice en ricanant. 

    -Et c’est le ramassis de chiure de moineau qui dit ça !

    -Moule à gaufres !

    -Globicéphale !

    -Manche à couilles !

    -Pouffiasse ! »

    La veine du front de Tama tapait et elle me fusilla du regard. Je tressaillis.

    « -Mayu, dis quelque chose bon sang, elle t’a insulté aussi!

    -Euh…Je…Mais je… »

    Elle me regardait avec insistance tandis que Mary sue en rajoutait une couche derrière :

    « -Loutre analphabète était vraiment approprié, elle n’est même pas capable de se défendre en trouvant une insulte digne de ce nom.

    -…Je…Tu…Tu n’es qu’un...Un gros caca poilu !

    -…

    -… »

    Les deux filles me regardèrent à la fois avec pitié et désespoir. Ce fut la seule fois où elles furent d’accord sur un point. Les garçons quant à eux continuaient de courir et étaient un peu affligés que de telles inepties sortent de notre bouche à notre âge. Mal à l’aise de toute cette tension, je sentais qu’il était temps de descendre des épaules de Pitch, de plus ses mouvements se faisaient de plus en plus lents. D’un bond, j’atterrie sur le sol maladroitement et me mis à courir. Pitch n’ayant plus aucune raison de porter mon amie la lâcha, la laissant se rattraper tant bien que mal à moi. La course continuait à travers les broussailles et nous nous demandions tous quand allaient-ils abandonner.

    Ce fut à cet instant que Tamalice, qui avait pris de l’avance sur tout le monde, percuta violement quelque chose. La bête en question était sortie de nulle part, ne laissant pas une chance à l’elfe de l’éviter. Cette chose était une jeune fille, mi-chat, mi-humaine, la peau mate et les cheveux en broussailles, elle avait la bouche en 3. Ses mains étaient remplacées par des pattes de chat et ses pieds étaient, me semble t-il, pareils. Son regard félin reflétait la peur. Derrière elle, on entendait du remue-ménage, une bête plus grosse qu’un arbre la poursuivait, un rhinocéros bleu à six pattes que l’on pourrait trouver sur une planète dont le nom est assez proche de la première femme antique. Cette monstruosité piétinait tout sur son passage et n’hésiterait pas à nous réduire en bouillis si les sauvages ne le faisaient pas à sa place avant. Et c’est ainsi qu’avec un simple regard, les deux filles se mirent d’accord et partir à l’opposé des menaces. Nous les suivions avec hâte, désormais nous n’avions non pas un danger mais deux aux fesses.


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  • Mary-Sue marchait depuis ce qu’il semblait être des heures qu’elle n’était pas fatiguée. Elle arpentait le sol rocheux de sa démarche souple et dansante, ondoyant son petit postérieur dénué de toute cellulite. Soudain, elle se figea. Elle venait de voir, grâce à sa vision digne du Peuple Elfique, un village aborigène, à quelques centaines de mètres. May passa sa main fine et gracieuse dans ses cheveux soyeux, aussi sombres que son âme, et fit une moue adorable. Elle venait de décider de faire connaissance des inoffensifs indigènes potentiellement cannibales et sans nul doute armés jusqu’aux dents, qui reconnaitraient en elle leur sublime déesse. Ah oui, vous avait-on dit que Mary-Sue était de la famille de Percy Jackson ?

    Bien entendu, la compréhension entre les sauvages et la mi-princesse-mi-déesse-mi-ninja-du-village-de-Konoha-mi-pirate-de-GrandLine-mi-sorcière-mi-elfe-mi-sirène se ferait sans peine, car May parlait couramment une soixantaine de langues et en comprenait bien deux mille autres. Dumbledore, Gandalf, Saruman, Maître Duom, Loki, Wellan et Oromis pouvaient aller se rhabiller.

    Donc, la splendide jeune femme, ayant décidé d’aller à la rencontre des autochtones, se remit en marche. Elle arriva quelques minutes plus tard aux huttes ; les membres de la tribu dansaient et psalmodiaient autour d’un feu de joie. Lorsqu’elle fit son apparition, les aborigènes s’arrêtèrent et s’en fut un grand silence. Mary-Sue eut un sourire indulgent. Qui n’aurait pas cette réaction face à ma beauté fantasmagorique ? Puis tous les indigènes se jetèrent sur elle en hurlant.

     

     

    C’est connu, l’adversité rapproche. En l’occurrence, ce fut deux anciens adversaires, rapprochés par un catapultage dans un coin paumé, la perte de leurs pouvoirs et deux tarées adeptes du harcèlement sexuel, qui se sentirent soudain très, très proches. Les deux folles n’avaient pas arrêté leur danse de la joie en se donnant de grandes claques dans le dos et en gloussant.

    Pitch Black et Jack Frost échangèrent un regard de connivence. On bat en retraite ? Ils eurent le même hochement de tête et commencèrent lentement à reculer. Hélas, cela ne passa pas inaperçu aux yeux des deux filles.

    « - Eh ! Z’allez où comme ça ? Partez pas déjà ! » La blonde venait de parler. A côté d’elle, son amie eut un petit sourire narquois.

    « - De toute manière, ce n’est pas comme s’ils pouvaient se débrouiller sans nous. » Les deux légendes se redressèrent, piquées au vif.

    « - Et pourquoi ça, très chère ? 

    - Bah vous êtes sur notre île !

    La blonde tressauta et les deux hommes se regardèrent, interloqués. Elle ouvrit la bouche mais sa camarade lui écrasa les orteils sans pitié. Heureusement, Jack et Pitch n’avaient rien vu. Ils reportèrent leur regard sur les filles.

    « - Votre île ? »

    La miss aux cheveux roses fit une moue ennuyée et haussa les épaules, gênée.

    «  -Enfin, pas exactement notre île mais… Ben, on vit ici, quoi. » Sur ce, elle se mit à siffloter. Son amie se massait le pied en la fusillant du regard –ce que les légendes ne comprirent pas- tandis que ces dernières affichaient un air plus que sceptique. La plus loquace s’avança vers eux (ce qui les fit reculer) et tendit la main, un grand sourire aux lèvres.

    « - Enchantée ! Je suis Ali… Tamalice, et ma pote, c’est… Mayumi, mais vous pouvez nous appeler Mayu et Tama. 

    - On se contentera de Tamalice et Mayumi, merci.

    - Ouais, les surnoms, c’est trop proches. » Le tout ponctué de deux affreuses grimaces. Tamalice, fine diplomate, ne tilta pas, mais Mayu leur tira la langue et dû se retenir de leur apprendre les bonnes manières. La demoiselle reprit, sur le ton de la pluie et du beau temps :

    « - Donc, comme ça, vous êtes en vacances ? »

    Tous la regardèrent, et les hommes eurent l’air révolté.

    « - On est pas en vacances !

    - Pas de vacances pour la peur !

    - On a été catapulté ici contre notre gré !

    - Sans la moindre explication !

    - Privés de nos amis !

    -Privés de nos cauchemars !

    - Et surtout… »

    Ils achevèrent d’une seule voix :

    « - Privés de nos pouvoirs !! »

    Tamalice fit mine de digérer l’information et fit, contrite :

    « - C’est fâcheux. » Elle se tourna vers son amie.

    « - Très fâcheux. Peut-être pourrions-nous aider ces deux éphèbes sans ressources ? »

    Une lueur d’espoir s’alluma dans l’œil de Jack et il s’exclama, ravi :

    « - Vous pourriez faire ça ?! » Pitch faillit se faire un facepalm à la vue de la naïveté du jeune.

    « - Bien entendu ! Déjà, nous allons vous aider à sortir de cette jungle, puis, euh… Retour à la civilisation ! Maaaagique ! » Elle accompagna sa tirade d’un sourire charlatan. Le Croquemitaine fut amusé, même s’il ne l’aimait pas. Manipulatrice comme pas deux. Elle lui rappelait Loki, tiens.

    A côté d’elle, Mayu comprit enfin son cirque, mais préféra la laisser fabuler seule. Elle, avait le don de la comédie, pas du mensonge. Elle risquait de se prendre les pieds dans ses duperies et de les trahir toutes les deux. Pitch décida de jouer le jeu ; après tout, qu’avait-il à perdre ?

    « - Donc, nous en sommes réduit à mettre nos vies entre vos mains. A présent, il serait temps de justifier les espoirs que nous vous confions, non ?

    - Yep ! Suivez le guide ! » Sur ce, elle tourna les talons, non sans avoir gratifié le Maître de la peur d’un regard admiratif, et avança vers la végétation dense et luxuriante. Les Légendes lui emboitèrent le pas, suivies de Mayumi, dévorant des yeux le fessier rebondi de Jack.

     

     

    Mary-Sue fulminait. COMMENT pouvait-on la traiter ainsi, elle, jumelle cachée d’Harry Potter, demi-sœur d’Ace aux poings ardents, confidente d’Eragon, fille d’Elrond, cousine de Percy Jackson, amante de Legolas, nièce de Sherlock Holmes, psy de Voldemort, COMMENT ?! Des têtes allaient tomber !

    Enfin, des têtes allaient tomber lorsqu’elle aurait réussi à se détacher. Là, sa situation était quelque peu critique, pieds et poings liés à un épieu que les aborigènes dirigeaient dangereusement vers un feu. Parlons-en de ces aborigènes ! Ils lui avaient sauté dessus, beuglant et suant comme des porcs, saisie sans ménagement et ligoté à un pic ! Leurs peintures corporelles avaient sali sa minijupe à carreaux inspiration gothique/sweet lolita ! Et elle s’était CASSE un ongle ! Des têtes allaient tomber, ça, ça n’allait pas manquer.

    Et puis, avec un peu de chance, un commando surprise composé des effectifs masculins des Avengers, des effectifs masculins d’Harry Potter et des effectifs masculins de One Piece allaient surgir pour la sortir de cette situation épineuse et la réconforter face au traumatisme. Yep. Elle pourra en profiter pour les mettre dans son lit tous en même temps. Qui pouvait lui résister, de toute manière ? Et ces indigènes n’avaient que leur propre manière de vouloir consommer son corps, après tout.

     

     

    La petite troupe marchait depuis près d’une heure, lorsque le seul incident à déplorer survenu. Tout était calme, lorsqu’un bolide volant déboula des fourrées et percuta Jack en pleine tête, lequel fut projeté contre un tronc. Mayu, derrière lui, n’avait eu que le temps de voir passer ledit bolide, une sorte… d’oiseau ? Tropicale fonçant à toute allure. Elle se précipita vers le Garçon du Gel et s’accroupit auprès de lui, tandis que les deux autres se retournaient.

    « - Aïe, ma tête…

    - Tout va bien, Jack, je suis là !

    - J’vais mourir… »

    Tamalice, sans pitié ni tact, asséna :

    « - C’est bien les mecs, ça, d’être douillet.

    -Ma tête…

    - Tu vois bien qu’il souffre ?!

    - Pitié, faites les taire… »

    La leadeuse gloussa, intensifiant le mal de crâne du jeune homme, et Pitch, à côté d’elle, se mit à faire crisser ses ongles l’un contre l’autre, un sourire mauvais aux lèvres. Jack avait l’impression que chaque son résonnait en écho insupportable dans sa tête, perturbant sa compréhension de l’environnement. Il entendait les autres mais ne les comprenait pas.

    Mayu se tint tout près de lui, son visage touchant presque le sien. L’éphèbe la regardait de ses yeux d’un bleu doux, les lèvres légèrement entrouvertes, et la blonde sentit son souffle frais sur sa peau. Elle rapprocha tout doucement sa bouche de la sienne, sous le charme, lorsque une nuée des oiseaux-bolides survola le groupe et que l’un deux lui chia sur l’épaule. Il y eut un long flottement. Puis un hurlement de rage sanguinaire déchira l’atmosphère lourde et entêtante de la jungle.

     

     

    Le groupe avait poursuivi sa randonnée à travers la jungle sans changement, à la différence près que Mayumi ouvrait la marche et piétinait hargneusement à chaque foulée. Pitch et Tamalice respectaient un silence prudent, tandis que Jack tentait de se déboucher les oreilles avec force moulinets de l’auriculaire. La troupe parvint finalement à l’orée de la forêt.

    Tamalice s’avança, bras ouverts, et respira l’air frais et non plus chargé des effluves écrasantes des végétaux.

    « - Ca y est, nous sommes enfin arrivé !

    - Qui sent des pieds ? »

    Jack était temporairement atteint de troubles de l’audition.

    « - Nous n’aurons pas marché pour rien.

    - C’est moi que tu traites de boudin ?!

    - J’ai eu raison de tourner à gauche.

    - Pitch est tombé dans la débauche ?! »

    Le Croquemitaine se jura de lui faire payer ça un jour. Tamalice, soucieuse de sa vie, évita prudemment Mayu, d’une humeur exécrable, lorsqu’elle s’avança. C’est alors qu’elle remarqua, à quelques centaines de mètres, un genre de village perché contre les falaises, du genre de celui qu’elle avait vu dans Pirates de Caraïbes.

    «  - Qu’est-ce qu’on fait ?

    - On les massacre.

    - ON VA LES RENCONTRER. » Un sourd a souvent du mal à s’entendre, et forcément parle plus fort que nécessaire. Apparemment, son état s’améliorait s’il avait comprit la question.

    « - Ils ont peut-être des informations qui pourraient nous être utiles. » Tous regardèrent Pitch.

    « - C’est dit, on y va. »

    Ils marchèrent sur la distance les séparant du village, puis se cachèrent dans les fourrées à la vue de l’hyperactivité des aborigènes. Mayu écarquilla soudainement les yeux.

    Mary-Sue.

    La splendide, l’intelligente, la mystérieuse, l’insupportable Mary-Sue était ficelée à un épieu, à l’écart de la masse humaine qui grouillait de frénésie, qui avait eu le temps de les apercevoir, et qui, à présent, les appelaient.

    « - Eh ! Venez m’aider ! 

    - Putain, ferme ta gueule, on va se faire re-pé-rer… » Tamalice se massait l’arrête du nez entre les doigts. Jack intervient :

    « -Qu’est ce qu’elle dit ? Il faut qu’on aille l’aider !

    - A l’aide, venez m’aider !

    - Qu’est-ce qu’elle dit ?

    - Elle dit qu’il faut l’abandonner.

    - C’est chaud pour mes fesses, il y a un festin cérémoniel !

    - Elle dit qu’elle est une déesse et qu’ils vont la libérer de sa prison charnelle.

    - Ca commence à être ‘’hot’’, et pas en bien !

    - Elle dit de ne pas oublier la carotte et de la mettre près du coin pubien. Bizarre cette fille. Fétichiste des légumes. M’enfin, c’est peut-être mieux pour la cuisson. »

    Pitch et Mayumi se retenaient tant que possible d’exploser de rire et de rouler par terre en se tapant les cuisses ; la tâche était ardue vu leur visages complètement rouges. Jack écarquilla les yeux, horrifié.

    « - La cuisson ?! »

    Il se retourna vers la magnifique jeune femme vulnérable qui le fixait, pleine d’espoir, et s’élança.


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  • « -Gamin, tu commences sérieusement à m’énerver, toi et ta petite Quenotte, son vrombissement dans mes oreilles, s’il ne s’arrête pas immédiatement, ne va pas se stopper naturellement, fais moi confiance, ricana le croquemitaine. » 

    La petite fée, en entendant cela, émit un petit piaillement apeuré et partie se cacher derrière Jack. 

    « -Laisse Quenotte hors de cette histoire, c’est entre toi et moi, poule mouillée ! 

    -Poule mouillée ?! Tu crois que le combat de tantôt était équitable, à 5 contre 1 ? Petit, notre seul face à face fut résolu à, toi dans une faille, pleurant ton pauvre bâtonnet chéri. Je crois que j’aurais largement gagné sans tes « coéquipiers » ! 

    -Ah oui ? Tu crois ça ? Et bien viens tenter pour voir ! » 

    Jack, un sourire malicieux plein de confiance aux lèvres, le nargua. Pitch ricana d’un rire gras et activa ses pouvoirs. Enfin, il croyait les activer. Un petit jet de sable noir digne d’un éternuement sortis puis plus rien. Jack prit ça pour une invitation à commencer et brandit son bâton devant les yeux apeurés de l’homme en noir. Mais le résultat fut le même que pour le croquemitaine. Une petite brise vint souffler dans ses cheveux noirs en crépitant, sans plus. Les deux légendes étaient à « cours de jus ». 

    « -Mais, mais…je n’ai plus de pouvo- » 

    Une masse blonde entra en collision avec Frost avant qu’il n’ait le temps de finir sa phrase tandis qu’une autre brune glissait sous les jupes de Pitch. 

      

      

    J’arrêtais de jouer la comédie en entendant une dispute venant de la forêt. Je me relevais en balançais étrangement mes bras et me mis à l’affut. 

    « -Qui a-t-il ? demanda Tam. 

    -J’ai entendu quelque chose. » 

    Je me déplaçais en crabe, Tamalice debout à mes côtés ne comprenant pas ce que je faisais. J’arrivais vers les buissons à l’orée de la forêt où les bruits étaient beaucoup plus audibles. 

    « -Tu entends ? 

    -Oui, tu penses qu’on n’est pas les seules à avoir atterris ici ? 

    -Je ne sais pas. Mais c’est étrange, j’ai l’impression de connaître ces voix…murmurais-je. » 

    Deux silhouettes s’agitaient à 20 mètres. L’un se fondait dans le paysage, tout en noir alors que les arbres ne laissaient passer que quelques pauvres rayons de soleil et l’autre paraissait clair comme la neige. On aurait dit le bien et le mal en personne. 

    « -Tu crois qu’on fait quoi ? 

    -On va les voir ? proposa la brune. 

    - Je ne sais pas…imagine qu’ils soient des aborigènes, ils risquent de nous prendre ! 

    -De-de nous prendre ? Tu rigoles j’espère…je ne pensais pas entendre ça venant de toi… 

    - ? Ben oui, ils vont nous emmener dans leurs petites huttes après nous avoir saucissonné à un bâton, et ils nous mangeront ou nous offriront à leurs dieux ! Nous enlever quoi ! 

    -Ah, d’accord. Mais je te conseille à l’avenir de ne plus employer « prendre » de cette façon, ça porte à confusion…Françoise serait là, tu aurais pris chair… 

    -Euh…si tu le dis…balbutiais-je sans comprendre où elle voulait en venir. 

    -Donc, on fait quoi ? 

    -Je ne m’approche pas, je te préviens, j’ai peur des ind…Tam, n e   b o u g e   p a s ! 

    -Hein ? » 

    Une énorme scolopendre s’activait de monter sur sa jambe. Ayant une peur bleue de ces bêtes autant qu’elle, je me décalais, toute pâle. Puis j’en vis un deuxième à ma droite, un troisième. Une dizaine de millepattes de 30cm de longs et 15 de larges grouillaient tout autour de nous. 

    « -Un nid de millepattes ! Nous criâmes en cœur avant de partir en courant dans la forêt. » 

    Tandis que Tamalice hurlait en se secouant comme un singe pendant sa course, je poussais des cris d’hystérique sans regarder devant moi. Nous foncions droit vers les deux personnes, mais lorsque nous nous en rendions compte, il était déjà trop tard. Je heurtais de plein fouet l’indien en blanc et Tama terminait son trajet dans les pieds de l’autre, la tête dans la terre. Nous voltigions lui et moi pour atterrir dans un buisson à l’allure étrange. Sans faire attention à mon « protecteur », je me mis à geindre, et me relevais avec hâte de cet arbuste. Des orties ! Étant en manche courte et short, la chute fut glorieuse, les orties avaient pu profiter un maximum de ma peau pour se frotter, j’étais désormais pleine de plaques rouges irritantes. En me grattant, j’appelais Tam, espérant qu’elle n’ait pas fait une crise cardiaque entre deux sauts. La jeune fille c’était relevée dans l’ample manteau noir de l’homme et en écartant les deux côtés, claironner à tue-tête : 

    « -Batman ! » 

    Elle se retournait en gloussant tandis que je m’esclaffais comme une idiote devant sa blague pourrie en me frottant les bras. 

    « -Aidez-moi… » 

    Un appel au secours venait d’un buisson. Ah oui, j’avais oublié la personne que j’avais entrainée dans ma chute. Je trottinais vers la voix et m’accroupis. 

    « -Un peu d’aide par hasard ? Demandais-je en me grattant la cheville tout en tendant l’autre main. » 

    Une main d’homme apparu des broussailles tandis que j’entendais derrière moi balbutier Tamalice. Je saisie les doigts quand un cri d’excitée me fit sursauter, lâchant l’homme qui retomba lourdement dans le peuple des démangeaisons gratuites. Je l’entendis geindre en heurtant de nouveau les plantes du malheur. 

    « -Oups, Tam, ne me distrais pas, je sauve des gens tu sais ?! Laisse-moi me concentrer ! 

    -Pais-mais…pipi-pi-pipitch ! 

    -Arrête de bafouiller, je ne comprends rien. Mais si tu as besoin, va, cependant pas dans le même buisson, plus loin ! 

    -Non !! Pitch !! 

    - Peach… ? (Je m’énervais entendant mon amie ne pas faire l’effort de parler distinctement) tu as raison, tu devrais appeler Mario tant qu’on y ait ! Grommelais-je en relevant la victime. » 

    Un sweet bleu délavé apparu dans mon champ de vision. En se relavant, l’homme fut si près que mon nez toucha le tissu. Froid mais délicieux à palper. Je posais mes mains sur le vêtement et le frottais en murmurant : 

    « -Oh ! Doux, doux~ 

    -Ca gratteeee !!! Hurla une voix familière. » 

    La personne se recroquevilla et tout en se lamentant se mit à frotter ses membres comme un déchainé. Elle se plaignait lorsqu’elle se retourna dans ma direction. Sa tête relevée, je voyais son visage. Mon cœur se mit à battre la chamade prêt à exploser et je devins toute rouge. 

    « -J-j-j-ja-jaja-Jack !!! Bégayais-je en me grattant la joue nonchalamment. » 

    Je me rapprochais à vive allure et tendis un doigt. Il rentra en contact avec la peau du jeune garçon. Je m’accroupis pour être à sa hauteur et le palpa, d’abord les joues, puis les cheveux, le nez, les oreilles, le torse, le ventre, les hanches et…il m’attrapait la main. 

    « -N’essaye même pas d’effleurer cet endroit, me lança t-il glacialement. 

    -Il-il est vivant ! Beuglais-je comme une furie ! » 

    Je courus vers Tama et nous nous mirent à danser ensemble en chantant : 

    « -Ils existent, ils existent, on les voit, on les touche ! » 

    Les deux légendes ne savaient que dire devant cette scène. Ils restèrent figés tout en nous regardant. Une feuille passait, nous chantions encore.


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  • Il faisait grand soleil sur l’île Tipiyaya lorsqu’Alicia et Laurine tombèrent de nulle part et atterrirent très peu élégamment sur leurs postérieurs. 

    Les deux filles eurent un long, long temps d’arrêt, bouches ouvertes et yeux écarquillés, avant d’échanger un regard incrédule et de regarder autour d’elles. 

    Deux minutes plus tôt, elles marchaient ensembles sans but précis, jacassant comme seuls deux amis de longues dates savaient le faire, et là, elles se trouvaient sur une plage de sable blanc et fin, une jungle dense et des pics escarpés derrière elle et la mer à l’infini devant. Elles ré-échangèrent un regard, et Laurine tilta la première : 

    « Alicia… faudrait que t’aies un miroir, c’est bizarre là… » 

    La brune regarda son amie sans comprendre : 

    « Qu’est-ce qui se passe ? T’as vu quoi ? » 

    Puis elle loucha sur un truc pas net. Une mèche de cheveux. Rose. Bouclée. Une insolente mèche de cheveux roses et bouclés qui tombaient juste devant ses yeux. Elle poursuivit dans sa lancée et continua de baisser le regard pour voir l’horizon bouché par deux… trucs couleur chair, joliment corsetés dans un bustier bleu foncé. Elle porta ses mains à ses oreilles et les palpa. Elles n’étaient pas rondes. Elles étaient pointues.  

    La miss releva les yeux vers la blonde qui la fixait d’un air interdit. Elle se mit à trembler, elle ouvrit la bouche comme pour balbutier, et, avant que l’autre n’ait pus réagir, elle pointa le doigt vers sa vis-à-vis et beugla : 

    -TETE DE CITROUILLE !!! 

    Puis elle s’effondra sur le sol en tapant des poings et en gloussant comme une dinde. 

    Si Laurine avait été un personnage de manga, une goutte serait apparue au coin de sa tête. Mais Laurine n’était pas un personnage de manga et elle se contenta de regarder l’elfe et de sérieusement songer à se suicider ou à s’éloigner de la folle furieuse. Elle finit par se lever pendant que l’autre achevait son hystérie dans quelques hoquets étranglés et s’examina. Elle portait une tenue différente de celle qu’elle avait auparavant, un genre de pull gris, léger et ample, ainsi qu’un short. Elle vit dans son ombre s’étalant sur le sol comme une petite virgule partant du haut d’une chevelure plus abondante que normale et sut qu’elle devait avoir une tête de citrouille. 

    Laurine et Alicia venaient de laisser la place à Mayumi et Tamalice. 

    Son amie se releva, encore toute rouge de son délire, et demanda : 

    « -Bon, c’est pas tout, mais on est où là ? » 

    La blonde eut un regard farouche. 

    « - Tu oses dire ça alors que c’est TOI qui m’as entrainé ici ? Mais t’es tarée !?! Pourquoi tu m’as saisi le bras ? T’es revenue exprès pour m’entrainer dans ta merde !  » 

    Alicia shoota dans un galet et se borna à répondre : 

    « Je t’aurais manquée. Donc, c’est quoi ce bled ? » 

    Les deux filles contemplèrent la plage déserte et la nature sauvage. 

    « - Pas la moindre idée.  

    - Un mix entre Koh-Lanta et Hunger Games ? » 

    La blonde se voûta en grommelant et fit quelques pas en arrière 

    « - Rahh… On pourrait pas plutôt dire qu’on est en vacances sur une île paradisiaque en sirotant ses cocktails et en bronzant les doigts de pieds en éventail ? 

    -Imagine la possibilité que la masseuse soit notre chère prof d’allemand. » 

    C’en fut trop pour l’émotive petite blonde qui s’évanouit. 

      

     

    Pitch se releva en titubant. Autour de lui ce n’était que végétation luxuriante et fleurs tropicales au parfum lourd et entêtent. Il vacilla et étudia son environnement. Le sale gosse était là, étendu face contre terre, tenant son bâton dans sa pogne de môme, tandis que la stupide petite fée s’agitait en tout sens pour essayer de le réveiller. Il eut un sourire malsain et fut tenté de shooter la petite créature, lorsqu’il entendu un hurlement strident. Il sursauta et observa par une trouée dans la végétation une plage de sable fin, où se trouvaient deux personnes dont l’une qui venait de tomber sur le sol. Il haussa les épaules et se retourna vers Jack Frost et sa ‘’Quenotte’’. Le garçon s’était réveillé, sûrement à cause du cri, et le pointait de sa crosse, l’air menaçant. 

    Pitch eut un sourire entendu et pencha la tête sur le côté. 

    « -Alors, bien dormi ? Pas suffisamment, de toute évidence ; ton ami le Marchand de Sable verrait-il ses capacités s’affaiblir ? » 

    Le ton plein de fiel du Croquemitaine suffit à faire s’hérisser ses poils dans le dos de Jack, qui répliqua le plus vicieusement possible : 

    « - Quand bien même les capacités de Gardiens se seraient plus ce qu’elles étaient, nous ne serons jamais aussi faible que toi… » 

    Puis il reprit, pernicieux : 

    « - Après tout, tu l’as dit toi-même, tu es faible. » 

    L’expression du Maître de la peur se décomposa à vue d’œil et il sembla au jeune que la forêt venait de perdre en chaleur et en luminosité. 

    « - J’ai déjà failli vous défaire, rien ne m’empêche de recommencer, et s’il n’y avait pas eu ce sale petit Jamie Bennett, je vous aurait écrasé comme les insectes que vous êtes… » 

      

     

    Mary-Sue émit un doux gémissement en relevant sa tête aux proportions parfaites. Le paysage sembla danser le tango devant ses magnifiques-yeux-bleue-verte-rosee-orangée-parsemés-de-paillettes-d’or, avant de se stabiliser. Elle était allongée sur un sol rocheux, sombre et dénudé de toute végétation. Devant elle s’étendait une sorte de forêt tropicale, et, plus loin encore, une mince bande de sable clair bordée d’une eau turquoise. 

    La splendide jeune fille se releva sur ses longues jambes de déesse et fit quelques pas gracieux avant de se prendre les pieds dans une pierre et de s’étaler dans les cailloux. Une personne ayant vu la scène de loin aurait pu observer la remarquable crise de colère piquée par un personnage parfait ne supportant pas que quoi que ce soit lui résiste, fut-ce un caillou. May (car c’était ainsi que l’on surnommait les Mary-Sue) eut un petit reniflement hautain et gratifia la pierre d’un regard haineux. 

    Elle mit un peu d’ordre dans sa sombre chevelure soyeuse et essaya de se souvenir de pourquoi elle était là. Peut-être avait-elle été choisie pour être le treizième tribut des Hunger Games ? Elle pourrait profiter de cette occasion exceptionnelle pour apprendre à Katniss à vraiment tirer à l’arc, séduire Peeta et Gale pour les avoir les deux à la fois dans son lit, aider Aymitch à vaincre ses démons et son alcoolisme ainsi que convaincre une population blasée et assoiffée de sang qu’envoyer des mômes crever dans une arène mortelle, c’était mal. Elle fut fière d’elle-même à cette idée puis fronça ses sourcils parfaits en se souvenant. Elle était sortie du cours sans faire attention à la vieille chouette qui hululait à son encontre, son unique but étant de remettre à leur place ces deux pimbêches qui se croyaient permises de remettre sa suprême suprématie en question, et alors qu’elle de déplaçait furtivement derrière elles, une des idiotes, celle qui lui avait versé de l’encre sur SES MAGNIFIQUES CHEVEUX, avait disparu. Puis réapparu pour disparaître à nouveau, entrainant la blondasse. May avait tout de suite sut ce qu’il s’était passé et avait embrassé son pendentif porte-bonheur, celui que sa mère elfe-sirène-princesse-magicienne-barbie lui avait légué avant de périr dans ce tragique incendie, puis elle avait sauté à la suite des deux idiotes dans le trou. 

    Maintenant elle se retrouvait dans une forêt tropicale, entourée de bruits étranges, de saletés, de bestioles. Super. Elle aéra ses cheveux et partie en quête d’une moindre habitation ou encore mieux, des deux filles.


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  • Nous soupirions en cœur. Assise l’une à côté de l’autre à la fac, nous écoutions d’une oreille distraite le professeur faire son cours tout en gribouillant sur nos cahiers. Alicia, ma meilleure amie depuis longtemps supportait la même torture que moi dans cet amphithéâtre : écouter la vieille chouette. Quant à moi, Laurine, je surveillais les moindres mouvements de cette prof, persuadée qu’elle allait à un moment ou à un autre se tourner dans notre discussion et jeter son agressivité sur nous. Pour une fois qu’elle lâchait toute sa haine sur d’autres pauvres élèves, je ne pouvais m’empêcher de douter de ce moment de répit. Car cette vieille chouette, ayant un sens de la mode affligeant, des lobes d’oreilles digne du bouddha, une verrue sur le coin de la bouche et des bourrelets de tous les côtés, était à fuir comme la peste. Lorsqu’elle détestait un élève, c’était jusqu’à ce qu’il craque. Nous étions donc parmi les « survivants », la supportant depuis 1 an déjà, et à cet instant elle hurlait à quelques centimètres du visage de sa proie tout en formant avec ses sourcils broussailleux un X et en lui perçant les tympans sa voix de crécelle.

    Finalement fatiguée d’user mon énergie à l’observer, je dessinais un énième croquis de Jack à côté du Pitch d’Alicia et reporta mon attention sur Aron, installé à côté de Rick. Ces deux garçons étaient nos deux meilleurs potes. Inséparables depuis des années, ils ne pouvaient cependant pas s’empêcher de se chamailler comme deux gamins. Alors qu’ils recommençaient leur petit numéro en se piquant du bout de leur critérium, Mary-Sue, la plus belle fille de la fac et notre ennemie de toujours, se glissa entre eux deux. Cette fille était le mal incarné, superbe, intelligente, à plaindre, aimée de tous et n’avait malheureusement pas sa langue dans sa poche. Elle ne nous supportait autant qu’on la supportait, c’est-à-dire pas plus de 30 secondes. Sa jalousie maladive l’entrainait constamment à essayer de nous piquer nos deux amis masculins et encore aujourd’hui, elle tentait une nouvelle fois de les conquérir. Elle retirait deux boutons de sa chemise pour plus de sex-appeal avant de passer à l’action. Sa main frôla celle de Rick tandis que l’autre se posait sur la cuisse d’Aron. Un frisson d’amertume m’envahit vitesse grand V tandis qu’Alicia réprimait un hoquet de haine. Nous serions les poings, prêtent à intervenir à n’importe qu’elle moment. Lorsqu’elle dépassa la limite, léchant presque l’oreille d’Aron, je me hissais sur le bureau furibonde et me dirigeais vers leur table, n’ayant qu’une seule cible : Mary-Sue. Enfin, manque de pot, je trébuchais contre le sac de mon amie et m’écroulais dans l’allée d’escalier. La tête enfoncée dans la vieille moquette sale, je pleurais en silence de mon échec et de la honte qui s’abattait sur moi désormais. La salle se tue totalement. Puis vint la fatidique scène de fou rire, ce qui me donnait envie de partir en courant. J’entendis May ricaner et soulever une mèche de mes cheveux avec un regard empli de pitié.

    « - Qu’est ce qu’elle essaye de nous pondre, la blondasse ? Si c’est ça ton dernier espoir pour espérer te faire remarquer, c’est réussi, mais tu as l’air plus bête que mignonne, dommage pour toi. 

    - Tais-toi, sifflais-je en couinant. » 

    Je pouvais voir Aron et Rick, retournés et me regardant ramasser les affaires d’Alicia. Je voulais me cacher. Une main rassurante se posa sur mon épaule. Alicia était là, levée, elle prenait le relais. Elle se posta devant la peste, tout sourire. Elle prit une cartouche d’encre et la versa sans aucun regret sur la tête de la brune. 

    « - Oh non, j’ai ruiné ton brushing. Enfin, ça ne change pas de d’habitude finalement, il est toujours aussi moche. » 

    Mary-Sue balbutia quelques mots avant de se coller à Rick. 

    « -Rick, regarde ce qu’elle m’a fait !» 

    Les deux garçons soupirèrent à la vue de cette scène pathétique et jetèrent sans remord la jeune harpie deux rangs derrière. Ce fut certainement l’une des seules fois où ils n’eurent pas à débattre 15 ans pour se mettre d’accord. Aron s’approcha ensuite de moi et me souleva doucement pour me remettre sur patte. Il allait ajouter quelque chose mais la chouette ne lui en laissa pas le temps. Elle hurla mon nom et celui de mon amie et ni une, ni deux, elle nous attrapa par le t-shirt et nous jeta dehors avec nos sacs. Nous nous retrouvions ainsi toute les deux dans le couloir, dépitées. Elle me regarda et me lança très sérieusement : 

    « - Je déteste cette fille ET cette prof. » 

    ***

     

    Nous rentrions chez nous. Nous n’avions pas vraiment le même itinéraire mais nous nous suivions sans vraiment penser au reste, parlant de nos dessins, de nos amours, de nos délires, nos coups de gueules… Alors que je lui montrais la dernière pose inventée en basket pour rattraper les balles, je la vis soudainement chuter. Mais pas une chute naturelle, sur le béton, les genoux enflés et tout ce qu’il va avec, non. Dans un trou, un trou sans fond. Je m’arrêtais, bouche bée. Je me penchais sur le bord de cette crevasse en l’appelant désespérément. Sans nouvelle, j’étais prête à appeler les secours quand je l’entendis crier du fin fond de l’abime, un lointain cri de plus en plus proche. Elle ressortie à la vitesse de la lumière par je ne sais quel moyen, m’attrapa le bras et nous disparaissions à nouveau dans cette cavité profonde. 


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